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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 17:02

 

 Une approche inhabituelle « neuroscientifique » 

du phénomène religieux.

Michel THYS (17 février 2014).

 

Introduction.

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-éducatifs et culturels, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, historique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) en prenant en compte les découvertes des neurosciences, aussi balbutiantes soient-elles encore (et donc le plus souvent ignorées par la plupart des philosophes actuels ...) ?

 

Entendons-nous bien cependant : ni les neurosciences, ni les sciences humaines, dont la psychologie, ne prétendent évidemment démontrer l’inexistence de « Dieu », puisque, par définition, aucune inexistence n'est démontrable (sauf en mathématiques). Mais leurs observations confirment celles des sociologues, par exemple la très fréquente corrélation entre un milieu croyant unilatéral et la persistance de la foi.

 

N'est-il pas dès lors légitime que certains concluent (philosophiquement et jusqu'à preuve du contraire), à l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi, à sa fréquente persistance neuronale et donc à l'existence seulement subjective, imaginaire et illusoire de Dieu ? Tout le reste, il est vrai, (les "Livres saints », la théologie, les exégèses, etc.) ne serait plus alors que « littérature ». Mais il va de soi que dans ce cas, la foi resterait toujours légitime et d'autant plus respectable à mes yeux, qu'elle aura été choisie après avoir eu connaissance des options non confessionnelles.

 

Passons sur les observations bien qu'instructives a contrario, de certains neurophysiologistes croyants, notamment canadiens, tels que Mario BEAUREGARD qui, financés par la très chrétienne Fondation Templeton, ont tenté de démontrer « scientifiquement » l'existence de Dieu (qu'ils présupposent donc par "pétition de principe"!) en recherchant dans le lobe temporal « l'antenne », qu'« Il » y aurait placée pour recevoir sa « Révélation » : en vain, bien évidemment ! En effet, du fait des interconnexions constantes et éminemment complexes entre le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel (selon le schéma simplifié mais pédagogique de McLEAN), c'est évidemment tout le cerveau qui est concerné (cf SAVER & RABIN), même si l'émotionnel prédomine chez un croyant.

 

Homo religiosus ?

C'est sans doute en raison de sa faiblesse corporelle que l'homo sapiens s'est redressé il y a quelque 100.000 ans, et que la sélection naturelle, grâce l'acquisition du langage, a lentement hypertrophié son néo-cortex pré-frontal, le rendant alors capable il y a environ 50.000 ans d’imaginer d'abord des « esprits » (d'où l'animisme, le chamanisme, ...), puis un nouveau « mécanisme de défense » : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul), dont il tentait d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices. Cela a laissé des traces de nos jours ... !

 

Michel de PRACONTAL écrit d'ailleurs dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ».

 

Dans « La religion est-elle innée ? », le professeur de psychologie Vassilis SAROGLOU de l'Université catholique de Louvain, évoque « l'existence de prédispositions génétiques à la religiosité ».
Il faut nuancer : comme tous les mammifères, l'être humain possède un cerveau reptilien, génétiquement « programmé » par l'évolution pour réagir aux dangers. Il y a donc bien chez lui une composante irrationnelle et atavique, une prédisposition ancestrale à la croyance, MAIS elle ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel, qui la conforte et la renforce.

 

Toutes les religions l'ont bien compris en apportant depuis toujours des réponses immédiates et sécurisantes qui s'adressent évidemment au cerveau émotionnel. La preuve a contrario, c'est que les enfants de parents athées ne deviennent jamais croyants, sauf influences extérieues unilatérales. C'est flagrant notamment aux USA où la croyance, théiste ou déiste, est majoritaire (à plus de 90 %), essentiellement parce que les alternatives de l'humanisme laïque y sont totalement occultées par les religions.

 

Vassilis SAROGLOU reconnaît d'ailleurs qu'« à côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l'orientation religieuse ou athée d'un enfant ». Après l'âge de 30 ans, ce ne sont pas, comme il l'écrit, « les influences génétiques, tant sur la personnalité que sur la religiosité, qui se renforcent ». Au contraire, selon moi, ce qui se renforce, c'est la difficulté, voire l'impossibilité d'encore remettre en question ses certitudes religieuses, par crainte de se déstabiliser et de se « décrédibiliser ».

 

 

La soumission.

La soumission serait non seulement acquise mais génétique, comme l’avait pressenti Desmond MORRIS en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notion de «dominant/dominé»), et comme l'estime Richard DAWKINS, pour qui, déjà du temps des premiers hominidés, le jeune enfant n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau (tout à fait immature) de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … ?)

 

Toutes les religions sont donc fondées, à des degrés divers, sur la soumission à un dieu, à un prophète et à un livre « sacré », qui s'excluent les uns les autres. À cause de leur prétention à détenir chacune LA Vérité et LE Vrai dieu, les religions m’apparaissent donc comme à l’origine de toutes les intolérances et de la plupart des guerres. Hier comme aujourd’hui. L'Histoire confirme d'ailleurs abondamment la piètre aptitude des religions et des idéologies politiques à développer une conscience morale autonome et le respect de la dignité humaine. Elle témoigne au contraire de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission, quelle qu'elle soit. Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du nazisme et du stalinisme, notamment, n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant athée, mais à la croyance religieuse initiale, aussi bien celle des « dominants » Hitler ou Staline, que celle des dominés qu'ils ont facilement endoctrinés, la soumission religieuse ayant constitué un terreau favorable à leur soumission idéologique et à leur croyance en une prétendue « supériorité aryenne ».

 

« Liberté religieuse » ?

Du fait de nos nombreux déterminismes (héréditaires, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, idéologiques, sociaux, politiques, etc...), notre orgueil dût-il en souffrir, nous sommes moins libres que nous ne le pensons. Henri LABORIT, l’avait bien compris dans « Eloge de la Fuite », page 59 :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant à Jacques LANGUIRAND, à Radio Canada, il disait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain RESNAIS.

 

La foi : un choix vraiment libre ?

Vassilis SAROGLOU écrit : « Le fait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vue statistique, une question de choix. C'est plutôt une question de continuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectif que l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse de croyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ».

Et pour cause : dans nos pays démocratiques, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. Elle l'est d’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence certes légitime mais unilatérale, identitaire et communautariste). Elle l'est ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant occultant volontairement toute alternative humaniste, rationnelle, philosophiquement laïque et non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % : la soumission à tous points de vue y est en effet totale (cf. le très grand nombre de musulmanes voilées), comme dans les sectes, et à un degré moindre dans le judaïsme, le protestantisme évangélique, la religion orthodoxe, le catholicisme, le protestantisme libéral et le bouddhisme.

 

Origine psychologique, éducative et culturelle de la foi.

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté, dans « Psychologie religieuse », sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas (les parents incroyants en témoignent a contrario), et que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, « agrandi, substitutif » et anthropomorphique, fût-il qualifié d'«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ». Ainsi, page 294 :

 

« La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir été précocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé : l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans la formation des attitudes religieuses.(…) Les gestes et le langage religieux des parents, la célébration des fêtes religieuses marquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreux adultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudes religieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière, s’explique certainement par l’influence prépondérante de l’éducation familiale.»(…).
Son successeur actuel, Vassilis SAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parents religieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteur le plus important pour déterminer les probabilités d'être, de rester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit à l'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ».


Interprétation « neurophysiologique ».

Comment expliquer la fréquente persistance de la sensibilité religieuse ou déiste ?

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer son imprégnation neuronale : des neurophysiologistes ont en effet constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l'atmosphère « envoûtante » d'une église, les prières et autres comportements religieux des parents, voire leurs inquiétudes métaphysiques, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.

Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

Les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal notamment, et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment « éteints », et donc « anesthésiés », à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.
Même André COMTE-SPONVILLE se dit « athée fidèle » à sa croyance enfantine, ou du moins aux « valeurs chrétiennes », telles que « l'amour du prochain ».
Cela expliquerait a fortiori la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question (cf. le pasteur évangélique belge Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu », les dogmes, etc …

 

Les conversions religieuses.

Dans cette optique, les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », me semblent explicables. Lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, il se produit en un instant un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux …
Je m’explique par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre1886. Malgré sa brillante intelligence, il ignorait forcément à cette époque que l’environnement sensoriel (les grandes orgues, l’odeur d’encens, le décorum, la génuflexion…) avait provoqué en lui un bouleversement psychophysiologique, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel, ce qui lui a fait retrouver la foi. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant puisque les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions.

 

Les exemples de « hapax existentiel » (Michel ONFRAY), c'est-à-dire de circonstances exceptionnelles laissant des traces physiologiques et psychologiques indélébiles, sont très nombreux : par exemple, la conversion du docteur Alexis CARREL, prix Nobel, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmament glacial du Sahara (même lorsqu’on est issu comme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente de deux mille ans de judéo-christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort, notamment. Cf le « pari de Pascal ». Ce philosophe, lors de la « nuit du Mémorial » du 23 novembre 1654, connut aussi un état d'exaltation extrême et il nota sur un papier ses sensations, ses émotions, et les sentiments que lui inspirèrent ces minutes d'une telle densité. Le texte s'acheva sur ces mots : «Joie, joie, joie, pleurs de joie » : Pascal connut ce soir-là un authentique ébranlement physiologique dont il ressortira métamorphosé.

 

« La religion en miettes ».

Dans la plupart des pays européens intellectualisés, où les options non confessionnelles ont une chance d'être découvertes, la religiosité est en chute libre, d'abord parce qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, mais aussi à cause de l'aspiration croissante à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle et à la liberté de pensée. Certains cependant restent croyants, définitivement marqués par leur foi, ou déistes, définitivement déterministes et convaincus qu'il existe une « intelligence supérieure » qui a présidé à l' (apparente) harmonie de l'univers, à la prodigieuse variété des espèces animales et végétales, à l'extraordinaire complexité du vivant, du cerveau humain notamment, etc., et, ajouterai-je, parce qu'ils ne peuvent pas se représenter une durée aussi longue que des centaines de millions d'années et son influence sur l'évolution.

D'autres enfin se concoctent un amalgame de croyances ou de superstitions, telles que l'astrologie (cf « l'ouvrage « La religion en miettes » de la sociologue croyante Danielle HERVIEU-LEGER).


À moins évidemment de se faire harponner par les sectes, expertes en abus de faiblesse, en manipulation mentale, en dépersonnalisation et en captation de patrimoine ...

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (et même quelques musulmans de chez nous) désertent donc les lieux de culte et tendent à privilégier l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse.

 

Réaction des religions.

Les religions réagissent évidemment par des tentatives de re-confessionnalisation des consciences, de réinvestissement médiatique de l’espace public (surtout depuis Jean-Paul II) et de re-cléricalisation de la politique notamment européenne (via par exemple l’ « Opus Dei »), tandis que les sectes spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf. les évangélistes américains, les mormons, les scientologues, les créationnistes, etc.).

Plutôt qu’un « retour du religieux », j’y vois de nouvelles «stratégies» religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychisme humain, l'actuelle conception « laïque » de la « tolérance » et de la « neutralité », ainsi que le laxisme de certains politiciens électoralistes qui concèdent de plus en plus de revendications inspirées par des prescrits religieux, notamment par la charia. Bien que les musulmans, dans leur immense majorité, soient modérés et pacifiques, l'islamisation progresse dans toutes les grandes villes lorsque le coran, la sunna, les hadiths, la charia, etc. sont pris à la lettre ...

 

Vers quelques conclusions pédagogiques et politiques ?
Préventivement, tout dépendra bien sûr de l'éducation donnée. N'est-il pas grand temps de freiner, dès « l'école pour tous », le communautarisme croissant, source d'intolérance, d'incompréhension de l'autre et de non acceptation de sa différence (tant qu'elle n'est pas terroriste !), et de viser concrètement un meilleur vivre ensemble ?
Le remplacement des cours de religion ET de morale laïque par un cours commun de philosophie, rassemblant enfin tous les enfants et adolescents, irait dans ce sens, mais tant que la liberté constitutionnelle permettra inconditionnellement la liberté d'enseignement (même islamique et donc dogmatique...) sans proposer d'alternatives et sans imposer des limites, l'école confessionnelle, notamment catholique, persistera dans son « projet pédagogique » évangélisateur, fût-il lénifié de nos jours ...

 

Pourtant, par simple honnêteté intellectuelle, chacun devrait pouvoir choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque, je le répète, le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée). Mais pour que les libertés de conscience et de religion, en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait, me semble-t-il, s’orienter enfin et dès que possible, politiquement et économiquement, vers la fusion des réseaux officiel et privé (dit « libre » en Belgique !).

 

 

Cela impliquerait un système éducatif « pluraliste » qui proposerait notamment, à tous et partout, une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses (ce qui ferait apparaître tôt ou tard leur point commun, à des degrés divers, évidemment occulté : la soumission à un dieu et à un texte « sacré »), ET sur les options laïques évidemment encore plus occultées : l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, la morale laïque, etc.(qui incitent au libre-examen, à l'esprit critique à tous égards, à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle, au respect et à l'acceptation de l'autre.). Cela compenserait les influences religieuses familiales, certes légitimes mais unilatérales et communautaristes, ainsi que les inégalités socioculturelles résultant notamment de l'immigration.

 

Enfin, cela permettrait de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de la dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la liberté de pensée, de conscience et de religion, etc...

La religion est en effet une affaire privée qui n’a plus sa place à l’école, sauf lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un minimum de culture religieuse, notamment artistique, fait partie de la culture générale. Dans cette optique, l’enseignement confessionnel, à quelque niveau que ce soit, m’apparaît comme élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, intolérant, obsolète et donc inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions.

L’avènement d’une citoyenneté responsable, respectueuse de tous, me paraît à ce prix. Mais il faudra d'abord repenser les notions de «neutralité» de l’Etat et de «libre choix» des parents, lequel, quoi qu'ils en pensent, n’est pas prioritaire par rapport à « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

 

Dans une ou deux générations, peut-être, lorsqu'on aura enfin compris, confirmé, diffusé et admis que la foi a une origine exclusivement éducative psychologique et culturelle et que les religions imprègnent malhonnêtement le cerveau émotionnel pour maintenir (autant que possible) leur mainmise sur les consciences.
Mais ce n'est là que mon point de vue d'athée, dont je ne prétends évidemment pas qu'il soit plus pertinent qu'un autre. Merci donc pour vos commentaires.

 

Cordialement,

Michel THYS à Ittre (Belgique).
michel.thys357@gmail.com

http://michel.thys.over-blog.org


Quelques références bibliographiques :

- Le Grand Larousse du cerveau (2010).

-Dictionnaire de Psychologie et psychopathologie des religions (2013) Gumpper & Rausky.

- Nadia GEERTS : « La neutralité n'est pas neutre ». La Muette 2012.

- André COMTE-SPONVILLE : « L'esprit de l'athéisme ». Albin Michel 2006.

- Baudouin DECHARNEUX : La religion existe-t-elle ? » (Essai sur une idée prétendument universelle). Ed. L'Académie en poche, 2012.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Richard DAWKINS : « Pour en finir avec dieu », R. Laffont 2008.

- Marcel BOLLE de BAL & Vincent HANSSENS : »Le croyant et le mécréant ». Ed.Mols 2008.

- Sigmund FREUD : « L'avenir d'une illusion » PUF 1948.

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.

professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D :

Religion et développement humain »,. 2001.

- Vassilis SAROGLOU, dans Cerveau et Psycho n° 40 : « La religion est-elle innée ? ».

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007, et avec Jules FERRY : « Qu'est-ce que l'homme ? »Odile Jacob, août 2001.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison ».

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens », « Eloge de la fuite » Laffont 1976,« Dieu ne joue pas aux dés ». Grasset 1987.

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain ».

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain

by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. MacLEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Michel ONFRAY : « Athéologie ».

- Danielle HERVIEU-LEGER : « La religion en miettes ou la question des sectes ». Calman-Lévy 2001. ,

- Noël RIXHON, ancien prêtre athée : « L'absence d'être de Dieu ». (Soc. des Ecrivains 2006), « Conscience athée », « Le curé Meslier : Dieu n'est pas ».

- Gabriel RINGLET, ancien vice et pro-recteur de l'UCL,, : « L'évangile d'un libre-penseur ».

- Michel de PRACONTAL : « L'imposture scientifique en dix leçons » Ed. Du Seuil 2005. - Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». etc.

 

 

 

 

 

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olivier 27/08/2017 18:46

Bonjour monsieur,

Je ne veux comme certains dans leurs commentaires ni vous congratuler ni polémiquer stérilement avec vous ce qui n'a aucun intérêt mais seulement débattre, ce qui est la meilleure chose à faire entre deux hommes de bonne volonté en dissension, d'autant qu'il me semble que nous partageons aussi un certain nombre de valeurs : éduquer le citoyen en vue de valeurs universalisables, en l’invitant à une existence responsable et à penser de manière autonome, notamment par le biais d' éducation basée sur une réflexion philosophique rationnelle. Ce sont là les valeurs de l'Aufklärung notamment kantiennes. Or vous n’êtes pas sans savoir que Kant , bien qu'il réfute la possibilité d'une démonstration de l’existence de Dieu, n'était pas précisément un athée. Je sais bien que vous allez me dire que sa foi n'est que le résultat du fonctionnement biologique de son cerveau et de l'aliénation des influences de son éducation piétiste mais j'attire votre attention sur le fait qu'une telle réduction trop rapide des conclusions de son esprit dont nous pouvons, je crois, convenir que sa grandeur dépasse la dimension médiocre des nôtres, serait une insulte à l'autonomie de son jugement. Je ne dis pas évidemment qu'il y ait des arguments d'autorité et que parce que Kant a pensé quelque chose cela doit être vrai mais disons que si un tel esprit et bien d'autres génies dans l'humanité ont eu la foi , le problème doit bien être un peu plus compliqué que ce que vous en dites. Qu'il y ait des esprits sous influences et notamment des enfants qui acquièrent par là des croyances superstitieuses est une chose, mais que toute foi soit étrangère et contraire à la pensée la plus libre et la plus profonde en est une autre. Remarquons de la même manière que si j'ai été éduqué dans un milieu athée ou même simplement indifférent à la question religieuse e t que je n'envisage pas pour cette seule raison la possibilité hypothétique d’une existence du divin sous une forme ou une autre, le suis tout autant dans le préjugé que le croyant superstitieux et conditionné.
Puisque vous invitez à davantage de philosophie, je vous conseillerais sans vouloir vous désobliger d'en faire un peu plus vous même car comme vous l'avouez à la fin de votre article vous exposez une opinion plutôt qu'un véritable questionnement, je vous cite : "ce n'est là que mon point de vue d'athée, dont je ne prétends évidemment pas qu'il soit plus pertinent qu'un autre". Or le ton un peu professoral et condescendant que vous adoptez dément cette prétendue modestie. Il n'y pas que les religions pur être dogmatiques, un certain usage de la science peut l'être tout autant. Ainsi il est un peu ridicule de prendre Pascal (pour reprendre un de vos exemples) par la main et lui faire la leçon à base de vos connaissances neurobiologiques pour lui expliquer le sens ou plutôt le non sens de votre point de vue de son expérience mystique réduite a priori par vous sans aucune preuve à un simple bouleversement physiologique. Il est possible évidemment que Pascal ait mésinterprété son expérience mais comme c'est lui qui l'a vécue et pas vous et qu 'il est loin d’être le seul dans humanité à travers les cultures les plus diverses à avoir connu une telle expérience , la modestie voudrait qu'on cherche d’abord à essayer de la comprendre de l'intérieur et non de l'expliquer de suite avec des considérations qui la rabaissent à n'être qu'un bouillonnement d'un orage neurologique. L’exemple de Pascal est d’ailleurs bon car c'est un génie universel parmi les plus grands de toute l'histoire de humanité. Il ne méprise pas dans son ordre la recherche scientifique et s’intéresserait sans doute s'il était notre contemporain à la neurobiologie mais il savait lui que la science n'est pas tout ni la seule manière dans la pensée d’envisager le réel. Ce qui est insupportable chez un homme moderne c'est sa croyance immédiate, sous prétexte qu'il fait un peu de science, en sa supériorité intrinsèque sur les autres époques et les autres manières de pensée présente dans d'autres cultures. Il se pourrait, que l’usage moderne de l’intelligence soit une régression, qu'il y ait au moins autant sinon davantage de vérité dans les mythes, dans la philosophie, dans les religions que dans la science même si ce sont des régimes de vérité de modalité différente que celle de la recherche expérimentale mais cela, l'esprit moderne obtus dont Monsieur Homais incarne la caricature, ne peut même pas l'envisager, infatué qu'il est de indubitable supériorité.Il y des manières de faire l'adulte qui sont parfaitement infantiles.
J'ai été déjà trop long mais je voudrai vous signaler quelques problème philosophiques qu’impliquent vos propos sans que vous sembliez vous ne rendre compte. Ainsi :

1) Si la croyance religieuse est entièrement le produit de l'évolution biologique et du conditionnement social, ce sera aussi le fait de la conviction athée et dans le cadre d'un tel double déterminisme sans aucune échappatoire, d'où vous viendrait , je vous prie votre liberté de pensée ? La vérité pour avoir une valeur implique la liberté du jugement mais celle -ci suppose à son tour que la foi comme l’athéisme ne soit pas nécessairement ni entièrement le produit des conditionnements que vous évoquez qui existent certes mais ne sauraient tout expliquer. Un jugement qui n’aurait que des causes – ce qui nous enferme dans le champ du déterminisme et de sa nécessité propre – et non des raisons – ce qui nous place d’emblée sur le terrain de la libre adhésion à la vérité n’aurait strictement aucune valeur. Mais dans un cadre strictement naturaliste l’origine de notre liberté d'esprit est une sacrée gageure.

2) Si voulez vraiment fonder en raison (et non chercher un consensus empirique de fait )des valeurs morales universelles, réduire le réel à la seule nature en proie à une évolution aveugle n'est pas non plus sans poser des difficultés. L’absence d'une transcendance n'empêcherait certes pas qu'on puisse vouloir des valeurs universelles mais risque de ruiner les justifications théoriques d'une telle prétention. Le célèbre "si Dieu n'existe pas, tout est permis " du personnage de Dostoïevski (même s'il peut être interprété de diverses manières cf la conférence d'un AufklÄrer catholique, je sais vous présumez que cela est antithètique : https://www.youtube.com/watch?v=0nORj9wBaZQ) pourrait signifier comme le soutient COMTE-SPONVILLE en désaccord avec son maître Marcel Conche, l’impossibilité de donner à la morale un fondement quelconque. Entre parenthèses COMTE-SPONVILLE se veut, à son honneur, fidèle à des valeurs pluriséculaires et même pluri-millénaires (dont la longévité pourrait s'expliquer parce qu'elles sont solides et vraies et non comme un préjugé superficiellement transmis de génération en génération) et non simplement à sa croyance enfantine comme vous le dites. Ne trouvez vous pas outrecuidant de poser votre point de vue comme le seul adulte, autonome, mature , émancipé ? Vous n'avez pas le monopole de la raison et cela contredit votre profession de foi de tolérance à l 'égard du parti adverse qui je n'en doute pas est sincère dans la vie mais ici non manifeste.

La vérité n'est pas nécessairement à la mode. D'un point de vue pratique, de même qu'un athée peut être vertueux, ce qu'on sait au moins depuis Spinoza (qui n'est pas vraiment un athée) et même bien avant, faire profession d'une conviction religieuse ne préserve évidemment pas de la turpitude et en est même souvent le prétexte. Mais d'un point de vie théorique le prix à payer d'un matérialisme conséquent pourrait-être l'immoralisme, ce que Sade et Nietzsche qui ont le mérite d'être radicaux et conséquents jusqu'à un certain point, ont envisagé. Que l'immoralisme ou du moins l’amoralisme théorique de la réalité (mais si par hypothèse la morale universelle en son absoluité est fondée, l'amoralisme devient de l’immoralisme puisqu'on traite alors des valeurs non relatives comme si elles n'avaient aucune valeur en soi) soit la conséquence de l'athéisme (et non la morale effective de tous les athées concrets qui heureusement comme les croyants superstitieux peuvent être incohérents) n'est pas la preuve de sa fausseté mais au moins faut-il être conscient du risque que cela implique et que le 20 ème siècle en son nihilisme meurtrier a illustré. Ne vous en déplaise, les convictions racistes de Hitler s’originent bien davantage dans un certain usage de la biologie (qu'on ne peut certes pas accuser comme telle d'en être responsable) et du darwinisme que dans des croyances religieuses. Son paganisme diabolique avait conscience de ses ennemis qui étaient spirituels et religieux et non raciaux comme le voulait son mensonge idéologique et aurait dit ( dans Hitler m'a dit de Hermann Rauschning à prendre avec des pincettes selon les historiens) : " Je libère l’homme… d’une vision fausse appelée conscience et moralité… La conscience est une invention juive…” En tout cas le pape Pie XI déclarant en 1937 «Spirituellement,nous sommes tous des Sémites» désigne la source de la morale catholique, c'est à dire au sens propre universelle. Nietzsche n’était certes pas un nazi et ne partageait pas la vulgarité de l'antisémitisme de son beau-frère et de sa sœur mais si celle-ci a pu traficoter ses textes et les instrumentaliser au service de cette thanatocratie c'est que, sinon par leur lettre qui peut parfois faire froid dans le dos, du moins par leurs tenants et leurs aboutissants, ils le permettaient. "Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes" disait Bossuet On pourrait dire aussi que d'autres moins innocemment détestent les causes dont ils chérissent les conséquences.

3) Enfin vous déclarez avec une naïveté qui le dispute au dogmatisme : " aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement". Excusez moi mais qu'en savez vous ? C'est une affirmation gratuite, une simple opinion non seulement sans preuve mais sans le commencement d'un examen ni le début d'une recherche. Ce n'est pas parce que vous ignorez quelque chose que cela n' existe pas. Lisez sérieusement Pascal qui vous en apprendra bien plus que moi la dessus et qui se moque de ceux qui se contentent d'un examen rapide et superficiel pour déclarer aussitôt qu'ils n'ont rien trouvé. Il est vrai : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé". Des sages, des philosophes, des saints, des mystiques et même des hommes simples et ordinaires sont allés à dieu par la raison, par l’expérience sous différentes formes qui témoignent de théophanies au moins apparentes , par l'amour etc .. et vous vous balayez cela d'un revers de neurone en décrétant sans envisager d'autres hypothèses que l'explication neurobiologique pour réduire toute cette richesse (l'esprit n'est qu'un os ironisait déjà Hegel à propos d'un certain scientisme de son époque )

Ce qui me frappe c'est combien souvent les athées qui se mêlent de parler des religions les ignorent en fait et dédaignent de les étudier avec sérieux puisqu'ils ont déjà décidé a priori qu'il ne peut s'agir que d'élucubrations. cf La manière vague et abstraite et par là fausse dont vous traitez la variété de l’expérience religieuse en la rassemblant dans un fourre tout : "Toutes les religions sont donc fondées, à des degrés divers, sur la soumission à un dieu, à un prophète et à un livre « sacré », qui s'excluent les uns les autres. " C'est parfaitement faux : il y a des religions sans dieu, sans prophète et sans livre sacré. Si quelqu’un se mêlait de parler de science avec une légèreté analogue, ne le rabrouerait-on pas à juste titre ? Le préjugé n'est pas uniquement et toujours là où on croit ?

Voilà je finis ce trop long développement motivé uniquement par le débat sans concession mais respectueux du point de vue d'autrui dont les désaccords me permettent de tenter de clarifier mes propres idées dans la nuit de mon esprit qui comme celui de chacun mélange des doutes et des certitudes. N'est ce pas dans le dialogue qu'il faut tenter de fonder la morale ? C'est ce que soutient en tout cas Marcel Conche, mon athée préféré en raison de la clarté et de la profondeur de sa pensée, de son honnêteté intellectuelle et de son intégrité morale. J'ai la conviction que tous les hommes sont frères en dépit de leurs désaccords et de leurs conflits, frères en faiblesse et en ignorance dans la recherche de la vérité face à la stupéfaction et à émerveillement du fait même d'exister.

Bien à vous

Michel THYS 28/08/2017 18:03

Bonjour Monsieur Olivier,
Grand merci pour votre commentaire et pour vos critiques : certaines d'entre-elles rejoignent d'ailleurs celles que je me fais à moi-même depuis que j'ai pondu ce texte ... ! Je serais heureux qu'un échange de nos points de vue puisse s'établir, ce qui me permettrait de nuancer certains des miens et de commenter certains des vôtres, sans chercher à se convaincre mutuellement, s'entend (malgré parfois les apparences, en ce qui me concerne).
Loin de moi l'idée que le cerveau de KANT, à mes yeux le plus génial philosophe de son époque, n'ait été régi que par des neurotransmetteurs tels que la dopamine, et par son environnement culturel ! Sans être pour autant athée, il a d'autant plus de mérite qu'avant lui, tout le monde était croyant ou au moins déiste, sauf le curé Jean MESLIER (le premier athée depuis LUCRECE, ÉPICURE, ...) dont il a dû connaître les oeuvres posthumes, publiées après 1729, puisqu'il est mort en 1804, (dont son « Testament », expurgé par le déiste VOLTAIRE !) et résumées notamment par Serge DERUETTE dans « Lire Jean Meslier » Editions Aden 2008, ou par Noël RIXHON, ancien
prêtre décédé en 2015 à 81 ans, dans « Dieu n'est pas », et dans « Conscience athée », par exemple.
Je reconnais volontiers que je suis partisan, à tort vu que la compréhension du vivant se révèle de plus en plus complexe, du principe de parcimonie d'Occam (même s'il existe des cas exceptionnels qui attestent sa validité ( E=M.C²). EINSTEIN, malgré son génie était pourtant déiste. Théodore VERHAEGEN, le fondateur franc-maçon a-dogmatique de l'ULB, était anticlérical mais croyant : il allait à la messe tous les dimanches. Je m'explique la fréquence des croyances religieuses avant les années soixante environ par la collusion généralisée entre les pouvoirs politiques électoralistes et les religions aliénantes, et par le fait que les esprits, du moins dans nos pays intellectualisés, ne se sont que très lentement émancipés, voire pas du tout. L'exemple des États-Unis me paraît flagrant à cet égard : du fait que les alternatives non confessionnelles y sont totalement et volontairement occultées, 95 % au moins des Américains sont croyants ou déistes, et les 4 millions et demi de francs-maçons « réguliers » sont théistes (ils doivent croire en Dieu et en l'immortalité de l'âme et, héritiers de l'intolérance religieuse, ils ne reconnaissent pas les Obédiences a-dogmatiques !). L'imprégnation religieuse me semble aussi s'expliquer, depuis toujours, par l'ignorance depuis toujours, et jusque dans les années soixante, par l'absence de prise en compte des observations de la psychologie, même religieuse, et de la neurophysiologie. Enfin du moins en France et en Belgique surtout, les libres penseurs se sont manifesté, acceptant même que la « laïcité organisée » soit subsidiée au même titre que les religions.
Je pense, comme le Dr QUEGHEN, que les jeunes enfants, totalement malléables et vulnérables, sont des « éponges », et que leur faire apprendre le coran par coeur (exemple extrême), donc sans rien y comprendre, est un crime contre l'esprit. Or on sait depuis des années (désolé de me répéter) que, dès l'âge de 2 ou 3 ans, les influences à forte charge affective et unilatérales, fussent-elles de « bonne foi », laissent le plus souvent des traces indélébiles dans les neurones des amygdales du cerveau émotionnel, puis dans ceux du cerveau rationnel, vu leur connexion constante mais en équilibre instable. En l'absence d'alternatives non confessionnelles, les influences religieuses précoces se renforcent ensuite par la plasticité neuronale et par l'épigenèse au fur et à mesure de la répétition des expériences religieuses. L'incapacité des musulmans à devenir athées me semble en témoigner, indépendamment du fait que l'apostasie leur est interdite et parfois punie de mort.

« La foi et la pensée la plus libre, la plus profonde » me semble incompatibles et donc inconciliables, comme le sont le créationnisme et l'évolutionnisme. Je pense que la liberté, quelle qu'elle soit, n'est pas innée : elle ne s'acquiert qu'en ayant eu connaissance des alternatives et par une éducation développant l'esprit critique, l'autonomie, la responsabilité individuelle, les valeurs humanistes, etc. Comme je l'ai écrit, du fait de nos nombreux déterminismes, (génétiques, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, idéologiques, sociaux, politiques, etc.), nous sommes moins libres que nous ne le pensons, notre amour-propre dût-il en souffrir. Actuellement, les libertés de conscience et de religion, bien que constitutionnelles, me paraissent hélas plus symboliques qu'effectives. Certes, un scientifique se doit, par honnêteté intellectuelle, de prévoir la survenue d'un élément nouveau, et donc « la possibilité hypothétique d'une existence du divin ». Mais en l'absence persistante d'une manifestation divine observable et incontestable, il se déclare souvent « agnostique, mais à connotation athée », comme par exemple le journaliste scientifique Paul DANBLON. On est loin, me semble-t-il , d'un « préjugé » athée, comparable au préjugé de l'existence de Dieu, qui constitue une pétition de principe. L'absence de Dieu n'a pas à se démontrer : elle est un fait concret et objectif, en dehors de son existence subjective et imaginaire.
Vous avez tout à fait raison : je ne devrais pas adopter un « ton un peu professoral et condescendant » mais plutôt faire preuve de modestie. D'autant plus que je suis par ailleurs conscient que la méthode scientifique oblige à d'abord chercher à infirmer une hypothèse explicative, et non à la confirmer. Outre ma tendance au réductionnisme et à la simplification abusive, j'ai le défaut de donner l'impression que j'ai tout compris. Je l'attribue au fait que depuis 1961, je m'intéresse à l'origine de la foi et à sa fréquente persistance. J'ai d'abord été croyant (protestant « libéral ») jusqu'à 21 ans, en 1961. Je me croyais donc du bon côté de la barrière dogmatique. Ce n'est qu'alors que j'ai compris que les pasteurs que j'ai connus entre 1952 et 1958, malgré leurs qualités humaines, occultaient non seulement la découverte des philosophes (passés et de l'époque), celle des autres religions (même du déisme), et surtout des options non confessionnelles que sont l'agnosticisme, l'incroyance, l'athéisme, la libre pensée, le rationalisme, la franc-maçonnerie, etc..
J'ai rapidement été convaincu par les arguments rationnels et scientifiques de l'inexistence de Dieu, mais il m'a quand même fallu environ trois ans pour m'affranchir totalement de l'influence affective de ma foi, au point d'oser dire, comme le journaliste scientifique Paul DANBLON, déjà cité : "Dieu, si tu existes, j'ai un "oeuf à peler" avec toi, qui permets la mort d'enfants, etc".

Pour tenter de comprendre ce décalage, j'ai lu de très nombreux ouvrages et correspondu avec des biologistes, des philosophes, des psychologues, des neurophysiologistes et des psychiatres croyants et athées, etc. C'est ainsi que j'ai pris conscience de l'influence, inconsciente et le plus souvent indélébile, de toute éducation religieuse, car elle laisse dès l'âge de trois ans des traces souvent indélébiles dans les neurones des amygdales du cerveau émotionnel, puis rationnel.
J'en ai conclu que, jusqu'à preuve improbable du contraire, les dieux n'ont qu'une existence subjective, imaginaire et donc illusoire, parce qu'on les a mis, précocement et ensuite à l'âge adulte, dans la tête des croyants. Il est d'ailleurs rare qu'un croyant, au-delà de l'adolescence et après environ 25 ans, remettre encore en question ses options fondamentales, ce qui risquerait de le déstabiliser dans ses certitudes, ou de le décrédibiliser. Je n'ai certes pas « vécu l'expérience de PASCAL », mais j'ai quand même vécu une expérience religieuse profonde jusqu'à seulement 21 ans, il est vrai.
« Comprendre de l'intérieur » une expérience religieuse me semble assez illusoire lorsqu'on n'a pas la moindre idée du fonctionnement cérébral, comme ce fut le cas de PASCAL ou de Paul CLAUDEL, aussi intelligents soient-ils. Il n'y a pas « qu'un bouillonnement d'un orage neurologique », mais le fait est que ce bouleversement anesthésie, voire supprime totalement l'esprit critique et que l'émotion est privilégiée par rapport à la raison. La comparaison que je fais avec le « coup de foudre » me semble pertinente.

Certes, « la science n'est pas tout, ni la seule manière dans la pensée d'envisager le réel », mais il importe à mon sens de distinguer ce qui est de l'ordre du subjectif et de l'objectif, de l'imaginaire et du réel. J'ai expliqué dans mon blog pourquoi les croyances religieuses seront évidemment toujours légitimes et respectables. « L'usage moderne de l'intelligence » me semble une « régression » à partir du moment où son objectif n'est pas de contribuer au bien-être et à l'émancipation du plus grand nombre. La « vérité dans les mythes, dans les philosophies et dans les religions » est à mes yeux symbolique. Soit dit sans la dévaloriser, elle me semble correspondre à un stade non pas inférieur mais antérieur de l'entendement humain, auquel a succédé l'apport des sciences, par définition partiel et provisoire. Mais libre à chacun de préférer l'ancienne perception du monde.

Enfin, à propos des « problèmes philosophiques :
1) « La croyance religieuse » et « la conviction athée » résultent en effet « de l'évolution biologique et du conditionnement social », mais la première, imposée avec la soumission par une religion, est aliénante et elle anesthésie au moins partiellement la « liberté de pensée », tandis que la seconde a remis en question les certitudes éventuellement imposées au moyen du libre-arbitre et de la réflexion. Ma liberté de pensée, je la dois à la chance d'avoir pu découvrir à temps (et pas tout seul) ce que le protestantisme m'avait occulté, et de choisir librement ma conviction athée. Je vous concède que, sauf cas extrême tels que l'islam, « la foi et l'athéisme » ne sont pas nécessairement ni entièrement le produit des conditionnements » : le croyant n'est évidemment pas dénué de toute « raison », et l'athée ne peut pas se débarrasser d'un minimum d'irrationalisme !

2) La prétention séculaire des religions qui font de la croyance en un dieu et en ses 'commandements » le fondement de la morale est obsolète à mes yeux : ce qui fonde la validité d'une « morale universelle, n'est-ce pas nécessairement et uniquement le respect inconditionnel des valeurs humanistes de la DUDH de 1948, les seules qui soient bénéfiques à tout le genre humain, contrairement aux « valeurs pluri-millénaires » ? Or certaines de ces valeurs ne sont pas toujours, et même loin de là, respectées par les morales religieuses. J'aurais dû présenter comme une hypothèse explicative mon opinion selon laquelle si COMTE-SPONVILLE est resté fidèle aux valeurs chrétiennes de son enfance, c'est parce qu'il ne s'est pas intéressé (cf le début de mon blog) à l'imprégnation inconsciente de la morale chrétienne durant son enfance.

À propos du « nihilisme meurtrier du 20e siècle », d'accord avec vous : « les convictions racistes d'un Hitler s'originent dans une usage de la biologie et du darwinisme » et non dans l'athéisme qui n'est qu'une conviction philosophique librement choisie. Par contre, il me semble que l'absence totale de respect de la dignité humaine d'un Hitler et d'un Staline, d'un Mussolini, ..., de même que la soumission et la violence de ceux qu'ils ont endoctrinés, sont explicables par leur commune éducation religieuse initiale, qui a constitué un terreau favorable à la volonté de puissance des premiers et à la soumission des seconds. À mes yeux, les religions, surtout l'islam, à cause de leur prétention à détenir chacune LA Vérité et LE Vrai dieu, sont à l'origine de toutes les intolérances et de la plupart des violences. Hier comme aujourd'hui.

3 ) Ici, nous sommes en désaccord complet : si un dieu s'était manifesté concrètement depuis le début de l'Histoire, il me semble que cela se saurait depuis longtemps ! Ce n'est pas une « affirmation gratuite », ni « une opinion » que de le dire, mais un fait d'observation qui n'a pas besoin d'être « examiné » ni prouvé. Certes, aussi bien des « hommes simples que des sages, des philosophes, ... sont allés à Dieu », mais pas par la raison, à mon sens. C'était parce qu'ils « sentaient Dieu aussi naturellement que la chaleur du soleil » (Dr Alexis Carrel), parce qu'ils privilégiaient leur sentiment religieux, et parce que tout être vivant se tourne vers ce qui lui bénéfique, et fuit ce qui lui est nuisible, nocif ou peu sécurisant.

Il n'existe jusqu'à présent aucun indice objectif qui ferait supposer la pertinence « d'autres hypothèses que l'explication neurobiologique ». Au contraire, les religions ont propagé de tous temps l'obscurantisme, la culpabilité, la peur infondée de la mort, l'espoir d'un « paradis » imaginaire, etc. J'ai suffisamment étudié la bible, le coran et la thora : cela n'a fait que confirmer mon athéisme, et je m'en abstiens donc actuellement.

Je m'étonne que vous ne voyiez pas que toutes les religions imposent, à des degrés divers, la soumission à un « Seigneur » à un texte « sacré » et à un éventuel prophète. Des « religions sans dieu » ? Vous pensez sans doute notamment au bouddhisme (qui est plus qu'une philosophie et une sagesse) : on y vénère Bouddha comme un dieu. Un scientifique digne de ce nom n'a pas de préjugés. Il a des doutes tant qu'il ne constate pas qu'une une convergence d'observations concordantes tend à les lever. Par contre, le préjugé de l'existence de Dieu constitue à mes yeux, je le répète, une pétition de principe.
Une morale universelle ne verra hélas pas le jour tant que tous les pays ne favoriseront pas une éducation « humanisante » et laïque (je n'ai pas dit athée) faisant découvrir et respecter les valeurs de la DUDH, dont la liberté de croire, mais sans que la foi ne soit plus imposée.
J'espère ne pas (trop) vous avoir heurté dans vos convictions et que nous pourrons prolonger quelque temps cet échange enrichissant ! Et désolé d'avoir été beaucoup plus « long » que vous ...

Bien à vous,
Michel THYS
28 août 2017

serrurier paris 13/05/2015 10:52

superbe explicatonparis

olivier de vergnies 09/03/2015 19:53

Merci pour cet article .

Michel THYS 09/03/2015 20:31

Merci pour votre appréciation.

Michel THYS 10/10/2014 14:43

Monsieur Jossarc,
Désolé d'avoir mal othographié votre nom !

Michel THYS 10/10/2014 14:42

Bonjour Monsieur Lossarc,
Merci pour votre appréciation. Nos points de vue sont convergents.
Bonne chance dans la recherche d'un travail !
Cordialement,
Michel THYS