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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 16:59

 

 

Pourquoiles créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ?

Ont-ils vraiment choisi de l’être ?

Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique et ne changent-ils jamais d’avis ?

Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de l’Evolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que la théorie (et même le fait d'observation) de l’Evolution, alors qu’il s’agit d’une croyance ?

Pourquoi veulent-ils à tout prix, souvent jusqu'à la « mauvaise foi », tenter de concilier la foi et la raison, le subjectif et l'objectif, la religion et la science ?

 

Je propose quelques hypothèses explicatives. Notamment :

- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes.

- parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.

- parce qu’il est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années d'environnements différents a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification aléatoire du vivant et la variétés des espèces.

- parce que, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :

« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … ( donc aussi Dieu, etc. !).

- mais sans doute aussi et surtout à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.

 

En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant – orgueil oblige - que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point d’influencer leur cerveau rationnel et d’anesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès qu’il est question de religion.

 

Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».

 

C'est, me semble-t-il, un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, puis confortée par l’influence d’un milieu culturel unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une « Vérité » exclusive et dès lors intolérante et communautariste. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % … La « vérité » ne devrait pourtant être que personnelle, partielle et donc provisoire ...

 

La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant / dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).

 

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, hypertrophié, d'imaginer, grâce à la bipédie, au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi », fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation a posteriori, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).

 

Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, par la répétition d'expériences religieuses, se renforcent par « plasticité synaptique » et sont indélébiles …

L’ IRM fonctionnelle tend d'ailleurs à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

 

On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.

Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions et autres indignités, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existencesubjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime, mais d’autant plus respectable qu’elle aura été le fruit de la réflexion et du libre examen, et donc choisie en connaissance d'alternatives laïques, plutôt qu’imposée précocement.

 

Puisse l’avenir favoriser l’avènement d’un système éducatif pluraliste, fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.

 

Michel THYS à Waterloo. michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

 

Références bibliographiques.

 

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D

« Religion et développement humain »,. 2001.

- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».

 

Etc.

 

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Published by mithys
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commentaires

Michel THYS 17/12/2012 13:40

Bonjour Nocif,
Merci pour vos deux messages. Bien sûr qu' « il n'y a pas de hasard dans le créationnisme » puisque, s'il y a un «Créateur » doué par anthropomorphisme d'une intelligence supérieure
à la nôtre, il a forcément déjà tout programmé et déterminé, comme le croient les partisans du « dessein intelligent ».
Les notions de "commencement", de "création" me paraissent donc suspectes ...

Quant à la possibilité d'une vie sur une autre planète, l'univers étant infini, elle est certes statistiquement possible sous des formes très différentes de celles apparues sur Terre, mais il est
infiniment peu probable, pour ne pas dire impossible, que d'autres planètes aient reçu de l'espace les mêmes « éléments primordiaux » existants de toute éternité (E=M.C² et « Rien ne
se crée, rien ne se perd, tout se transforme » : Lavoisier), à la suite d'une infinité de big-bang et de big-crunshes successifs, que ces éléments se soient combinés de la même façon, et
qu'ils aient connu les mêmes cataclysmes naturels, la même évolution et les mêmes mutations.

Comme l'a dit Laplace à Napoléon, « Dieu est une hypothèse dont je n'ai pas eu besoin ». Nous ne sommes pas « en Dieu » : ce serait présupposer son existence et donc une
pétition de principe ! Par contre, je ne m'étonne pas que des croyants s'imaginent que « Dieu est en nous », puisqu'on l'a mis dès l'enfance dans leur cerveau émotionnel, ce qui
influence souvent « ad vitam aeternam» leur cerveau rationnel, et donc leur esprit critique dès qu'il est question de foi, fussent-ils d'éminents intellectuels, même scientifiques (surtout
américains et canadiens) qui n'ont pas pu découvrir à temps les options non confessionnelles, évidemment occultées par leur religion.

Normal que des croyants soient « à la recherche de Dieu », puisqu'il n'a jamais donné le moindre indice concret et irréfutable de son existence réelle et objective, ce qui implique à mes
yeux qu'il n'a qu'une existence subjective, imaginaire et donc illusoire.
« Dieu » n'est pas « une force qui manifeste la vie « , et encore moins le « libre-arbitre ».
La vie est une « émanation de la matière » dont l'explication biologique infiniment complexe ne progresse que très lentement, du fait que les mécanismes évolutifs se sont étalés sur
plus de trois milliard d'années, durée hors de portée de l'entendement des moins que centenaires que nous sommes.
« Les autres moyens de perception de ce monde » me semblent imaginaires, conséquences de l' hypertrophie du néocortex préfrontal de l'animal humain, absente chez les autres mammifères,
même chez les autres primates.
Cela dit sans chercher à vous convaincre : je respecte votre point de vue de croyant, mais l'athée que je suis tient à exprimer le sien.

Bien à vous,
Michel THYS

Nocif 16/12/2012 21:00

D.ieu est un ensemble de force qui manifeste la vie (le libre arbitre justement)... Il n'est pas là pour empêcher l'humanité de délirer et s'entretuer à cause de religions ou de raisons
scientifiques... en perdant ses rapports, ses liens avec ses forces divines.
La science est fort intéressante pour construire des ponts, des routes, des suppositions (le boson) , mais certainement pas pour ouvrir les autres moyens de perception de ce monde.

Nocif 16/12/2012 20:49

Il n'y a pas de hasard dans le créationnisme, tout les mondes présentant la situation et les caractéristiques de notre terre... produisent le même vivant, avec les même caractéristiques...
L'évolution, elle est fonction des variations des forces originelles... "Dieu" est un des mots qui nomme cette équation nécessaire à toutes vies. Cela laisse supposer que nous sommes en dieu et non
comme les religions déviantes nous le présentent à sa recherche.

Homo Fabulus 08/06/2012 10:16

Bonjour,

suite à votre commentaire sur http://homofabulus.com , je partage certains de vos points de vue mais je dois dire que je connais mal la littérature sur les explications de la religiosité. Si ce
n'est, ce livre, que je peux vous recommander :

The Evolutionary Foundations of Religious Belief , par Pascal Boyer, un Français faisant de la psychologie et anthropologie évolutionniste aux USA, un des spécialistes de la question religieuse
d'un point de vue évolutif.

A bientôt,
Alexis

elya 06/12/2011 08:15

Bonjour,
Suite au commentaire que vous avez laissé ici :
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/29233

Je ne sais pas si vous avez lu D. Guillo, mais il partage votre point de vue, ou, du moins, il dénonce l'incompatibilité entre sciences et religion. Cependant, il met en évidence grâce à la
méthodologie des sciences sociales qu'une grande partie des français, athée, agnostiques ou croyants, ne pensent pas que le darwinisme est de manière formelle incompatible avec l'idée de force
divine.

Sur le sujet : http://www.critiqueslibres.com/i.php/forum/sujet/9460
Peut-être pourriez-vous suggérer des lectures sur le sujet.