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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 11:28

Je ne puis m’empêcher de commenter le sondage du journal LE SOIR de ce 23 janvier sur la chute libre de la pratique religieuse : « 12 % seulement des 60 % des Belges qui se disent catholiques (de naissance) sont pratiquants ».(…) Un phénomène de laïcisation qui traverse les trois régions du pays, mais qui se manifeste davantage à Bruxelles et en Flandre qu’en Wallonie, ces cinq dernières années. Fait nouveau et sans précédent, en région bruxelloise : ceux qui ne se considèrent « d’aucune religion » (38 %) y sont à présent presque aussi nombreux que les catholiques déclarés  ».Selon l’abbé Eric de BEUKELAERE, il n’y a plus qu’ «  1 % des sondés qui affirment toujours suivre les recommandations du Pape ».

 

Le jésuite (assez ouvert et progressiste) Charles DELHEZ écrit que «14 % de catholiques pratiquants, ce n’est pas banal » et que «  la liberté de conscience a non seulement été reconnue par le Concile Vatican II, mais elle est aussi entrée dans les mœurs, et heureusement ». Certes, l’Eglise a récupéré certaines valeurs laïques incontournables, telles que l’ouverture à la différence de l’autre, mais en fait, depuis Jean-Paul II superstar et le dogmatissime Benoît XVI, on assiste, en réaction à la laïcisation croissante, à des tentatives hypocrites ou flagrantes de réinvestissement des consciences, de reconfessionnalisation de l’espace public et de recléricalisation politique.

 

Pour Liliane VOYE, sociologue des religions, le catholicisme fait quasiment figure de religion d’Etat. Au vu de ce sondage, il serait grand temps de réduire drastiquement les subsides exorbitants du culte catholique !

 

Philippe GROLLET, ancien président du Centre d’Action Laïque écrit :« Les croyants deviennent de plus en plus critiques, (…) l’offre religieuse est multiple. Ce qui induit l’essor d’un grand relativisme ».

Au-delà des raisons qu’il cite (refus d’un Dieu créateur et protecteur, du rejet des femmes et des homosexuels, du pouvoir papal, …), il y a surtout l’incitation à la SOUMISSION à un dieu et à un texte « sacré », quels qu’ils soient d’ailleurs. A mon sens, c’est une insulte à l’intelligence, puisqu’à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, du moins sous nos latitudes, on évolue irrémédiablement vers l’autonomie, la responsabilité individuelle, la liberté de pensée, …

 

L’abbé Eric de BEUKELAERE relève qu’ « un sondé « sans religion » sur trois croit en un certain Dieu  et en une forme de « vie après la mort » ».(…) La soif de spiritualité est grande ». Mais la religion n’a pas l’exclusivité de la spiritualité ! Philippe GROLLET a donc raison d’insister sur l’essor d’une « spiritualité sans dieu(x), une spiritualité matérialiste …Le simple fait de considérer qu’il y a quelque chose de plus important, dans ce monde,  que sa petite personne  relève déjà d’une transcendance. Une transcendance « horizontale », comme le désignent certains philosophes, c’est-à-dire la conviction selon laquelle ce qui est « au-dessus » de l’homme n’est pas au-dessus de l’humanité, mais est en fait cette humanité. C’est pour moi un constat bouleversant : pour la première fois dans l’histoire, nos sociétés sont gagnées par cet agnosticisme de masse ».

J’ajouterais cependant qu’il y a des agnostiques à tendance athée, mais d’autres à tendance déiste ou théiste.

Quoi qu’il en soit, il fallait rappeler la nécessité de prôner la découverte et la promotion de la spiritualité laïque, actuellement occultée, en vue de donner un sens moins individualiste à l’existence, comme alternative à la spiritualité religieuse. J’ajouterais aussi la promotion de l’humanisme laïque, qui n’est pas antireligieux mais favorable, idéalement, à un système éducatif pluraliste qui proposerait une information minimale, intellectuelle, progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur le fait religieux ET sur le fait laïque.

La liberté constitutionnelle de conscience et de religion deviendrait alors plus effective que symbolique.

 

« Plus d’1/3 des 31 % d’incroyants croient en l’être supérieur ».

A mes yeux, ils sont donc déistes, puisqu’ils refusent seulement de nommer cet « être supérieur ».

 

En 2010, il n’y a plus que 53 % de parents (contre 66 % en 2005) qui ont, ou vont, éduquer leurs enfants dans leur religion. Leurs raisons (notamment l’éventuelle différence de niveau culturel moyen des parents) ne sont pas évoquées pour tenter d’expliquer que 40 % des enfants dans le primaire et 60 % dans le secondaire, sont encore inscrits dans l’enseignement confessionnel !

Le fait qu’il y ait de plus en plus de « catholiques sociologiques » qui doutent au point de renoncer à transmettre leur foi, (…) de ne plus vouloir imposer leur foi à leurs enfants » témoigne à mes yeux qu’ils prennent de plus en plus conscience, leur expérience aidant, que l’éducation religieuse laisse des traces souvent indélébiles dans le cerveau émotionnel des enfants, ce qui risque d’hypothéquer leur esprit critique et leur libre arbitre ultérieurs.

 

Le prochain sondage du SOIR devrait d’ailleurs, selon moi, mesurer l’impact qu’aurait sur la croyance le fait de prendre conscience de l’origine psychologique de la foi, et des observations neuro-physio-génético-éducatives qui tendent à expliquer sa fréquente persistance neuronale. Certes, les neurosciences ne visent pas à démontrer l’inexistence de Dieu, mais elles me paraissent susceptibles de relativiser la part de liberté individuelle au point d’inciter à conclure à son existence subjective, imaginaire et illusoire. Ce qui n’enlèvera évidemment rien au droit élémentaire de croire, d’autant plus légitime et respectable que cette option aura été choisie en connaissance de cause plutôt qu’imposée.

 

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Published by mithys
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