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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 13:50
 « Quelle neutralité de l’Etat ? » par Paul LÖWENTHAL, professeur émérite à l’UCL dans lalibre.be du 24 mars 2010. Bonjour Monsieur LÖWENTHAL,
J’ai lu avec intérêt votre article : « Quelle neutralité de l’Etat ? ». Il va de soi que la neutralité s’impose à notre « Etat laïque ( ? ) et à ses représentants ». Mais pourquoi ? Non pas tant pour décider s’il faut ou non interdire, ici et là, l’expression des signes religieux ou philosophiques, mais d’abord, selon moi, parce que, au-delà de la liberté d’expression individuelle de chacun, la laïcité «politique» impose de n’influencer personne, ce qui reste hélas possible actuellement en l’absence d’un apprentissage précoce de l’esprit critique à tous points de vue, et ce dès l’école. J’y reviendrai.

Il y a en effet deux manières de concevoir la neutralité. La première consiste en « une abstention, une absence », à « s’abstenir de parler », comme disait Jules FERRY, pour qui la neutralité absolue n’existe pas. De fait, les mots qu’on utilise, si l’on n’y prend garde, ont déjà inconsciemment une connotation religieuse ou philosophique. Vous avez raison d’écrire : «On veut ainsi que les enseignants masquent leurs convictions personnelles, pour être (ou au moins paraître) également accessibles à tous. Sans égard pour le fait que les adolescents, férus d’authenticité, voudront au contraire que leurs professeurs aient l’honnêteté de dire qui ils sont ! ». A condition que les religions l'acceptent un jour, informer sans influencer, afin que chaque élève puisse se forger sa propre « vérité », partielle et provisoire, et qu’il décide, aussi librement et tardivement que possible, de croire ou de ne pas croire, relève d’un « art pédagogique » difficile, auquel nos enseignants ne sont pas encore préparés. Cela leur est d’ailleurs pratiquement interdit actuellement. Par contre, je ne vous suis pas lorsque vous estimez que « la laïcité philosophique est en effet érigée par ces athées militants en pensée de la laïcité politique, ce qui justifierait une discrimination en sa faveur ».

 A mes yeux l’humanisme, celui de Protagoras, pour qui « l’homme est la mesure de toutes choses », ne requiert théoriquement aucun qualificatif, qu’il soit laïque, athée, chrétien ou musulman. Mais, à mon sens, leurs fondements et leurs objectifs respectifs sont si différents qu’il faut les distinguer : l’humanisme religieux, fondé sur une « Vérité » exclusive, est par nature évangélisateur, tandis que l’humanisme laïque, s’il se passe de toute référence transcendantale, n’est pas pour autant antireligieux, et n’incite pas à l’athéisme. Bien compris, il prône seulement des conditions éducatives permettant le libre choix des convictions philosophiques OU religieuses Mais « donner priorité à la liberté » n’est possible selon moi qu’à la condition d’organiser enfin un système éducatif pluraliste proposant à TOUS les jeunes une information minimale, adaptée à l’entendement de chaque âge, objective et non prosélyte. Cela leur ferait découvrir : d’une part, les différentes options religieuses, mais aussi, ne leur en déplaise, ce que toutes les religions ont un commun, à des degrés divers : la soumission à un dieu et à un livre « sacré », ET d’autre part, les différentes options laïques que sont l’agnosticisme, l’incroyance et l’athéisme, et ce qu’elles ont toutes en commun : le libre examen, l’esprit critique à tous égards, la liberté de pensée, l’autonomie de la conscience, la liberté individuelle, l’acceptation de la différence enrichissante de l’autre, la recherche d’un sens à donner à l’existence, par l’humanisme laïque, la morale laïque, la spiritualité laïque, actuellement occultés dans l’enseignement confessionnel. En bref, une alternative laïque, plus capable à mes yeux que les religions d’assurer l’ « humanisation et la socialisation ».

 Un tel enseignement pluraliste compenserait l’influence affective des parents, certes sincère et légitime, mais unilatérale, qu’ils soient croyants ou non. Il réduirait aussi l’influence des inégalités intellectuelles inhérentes aux différences de niveau socioculturel. L’intérêt supérieur de l’enfant étant selon moi prioritaire par rapport aux droits traditionnels des parents, l’enseignement officiel et l’enseignement confessionnel devraient évidemment fusionner à plus ou moins brève échéance. En effet, malgré la récupération apparente de quelques valeurs laïques, l’enseignement confessionnel reste en effet fidèle à son projet éducatif visant à conserver une mainmise sur les consciences. A mon sens, il reste fondamentalement élitiste, inégalitaire, communautariste, prosélyte, et donc obsolète et inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions. Afin d’éviter le risque d’un « nivellement par le bas », un accompagnement individuel et gratuit des élèves en difficulté devrait bien sûr être prévu. La formation des enseignants, et un « recyclage » devraient également avoir lieu, afin qu’ils n’influencent pas leurs élèves par leurs propres convictions, mais qu’ils les amènent à choisir les leurs, en connaissance de cause et aussi librement que possible.

Vous souhaitez « donner une conscience à l’Europe ». Certes, mais à condition qu’elle ne soit pas noyautée par les religions, comme on le constate notamment au Parlement européen. Et pour cause : face à la déconfessionnalistion et à la laïcisation croissantes et irréversibles de nos sociétés, sauf rares exceptions telles que l’Irlande ou la Pologne, toutes les religions réagissent par des tentatives de réinvestissement des consciences, de reconfessionnalisation de l’espace public et de néocléricalisme politique, surtout depuis Jean-Paul II, Benoît XVI, le chanoine-président Sarkozy 1er, et autres créationnistes et sectaires. J’ai émis l’hypothèse, audacieuse j’en conviens, que la difficulté de bien des croyants à remettre en question des certitudes qu’ils n’ont pas choisies, pourrait s’expliquer par certaines observations psycho-neuro-physio-génético-cognotivo-éducatives : leur éducation religieuse précoce, forcément affective et leur milieu culturel croyant unilatéral, laissent des traces indélébiles et inconscientes, confirmées par l’IRM fonctionnelle, dans le cerveau émotionnel, ce qui influence, à des degrés divers, le cerveau rationnel, et donc l' esprit critique, indépendamment de l' intelligence et de l'intellect, du moins dès qu’il est question de religion. Votre commentaire m’intéresserait vivement. Je vous en remercie déjà.

Cordialement, Michel THYS à Waterloo. http://michel.thys.over-blog.org

Réponse de Paul LOWENTHAL
Cher Monsieur,
Merci pour votre réaction systématique à mon « Opinion » dans La Libre. Puisque vous voulez bien me demander de réagir à mon tour, voici les quelques points que je discuterais dans votre message et dans votre article sur une « nouvelle approche du religieux ». - « L’humanisme laïque, s’il se passe de toute référence transcendantale, n’est pas pour autant antireligieux, et n’incite pas à l’athéisme » : pas nécessairement, non – j’ai des dialogues passionnants avec des incroyants – mais bien dans le chef des plus militants, qui traînent une haine du religieux qui ne le cède en rien à la hargne « bien-pensante » ou fanatisée de croyants bornés. Soit dit en passant, ce que vous reprenez d’Henri Laborit est un sophisme : vous n’êtes pas tout à fait libre, donc vous n’êtes pas libre…

- Ce que vous dites des conditionnements mentaux du religieux est juste mais, primo ne vaut pas pour les fois les plus mûries : je connais des théologiens et des prêtres qui sont aussi pétris que moi de doutes et qui sont constamment « en recherche » – et en porte-à-faux avec leurs autorités ; secundo, cela vaut tout autant pour bien des athées militants. Je concède que proportionnellement moins, parce qu’on ne peut se réfugier dans l’humanisme comme on peut le faire dans une religion : l’humaniste s’expose pleinement. Mais la lecture des journaux – et pas seulement des courriers de lecteurs et des forums – n’est pas moins affligeante d’un côté que de l’autre… En corollaire, les ouvertures que vous dites communes aux diverses options laïques est aussi commune avec les fois religieuses : « le libre examen (oui, même lui : les questions sont là, avant les réponses !), l’esprit critique à tous égards, la liberté de pensée, l’autonomie de la conscience, la liberté individuelle, l’acceptation de la différence enrichissante de l’autre, la recherche d’un sens à donner à l’existence » – que nous trouvons ailleurs que l’humaniste athée, bien sûr. On trouve certes des réfractaires, mais dans les deux « camps ».

- Il est vrai que l’humanisme athée n’est pas examiné dans l’enseignement confessionnel – pas plus que les autres religions. Mais savez-vous que Laurette Onkelinx a interdit aux écoles confessionnelles d’enseigner une autre religion que la leur propre ? C’est qu’il fallait protéger l’enseignement officiel contre la tentation des musulmans d’envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques où « il y a au moins une religion »… La même Mme Onkelinx ne verrait sûrement pas d’inconvénient à ce qu’on y enseigne l’humanisme – mais toutes les convictions devant être mises sur le même pied, neutralité oblige, cela serait jugé discriminatoire : beaucoup de laïques peinent à accepter cette égalité de traitement. - Cela repose donc, comme vous le faites, la question d’un enseignement de religions et philosophies comparées. J’y suis tout à fait favorable, dans tous les réseaux scolaires – et pour les mêmes raisons que vous : éduquer à l’intelligence critique et conduire à des choix adultes. A quoi s’ajoute l’utilité d’une connaissance des diverses composantes de notre culture. Mais je ne vais pas jusqu’à envisager que cet enseignement se substitue aux religions et morale laïque actuelles. Hervé Hasquin l’avait proposé dans les deux dernières années du secondaire : cela veut dire que les courants religieux ou philosophiques (le bouddhisme en est désormais) perdraient leur capacité d’enseignement propre à l’âge où les jeunes commencent à comprendre ce qui est en jeu et à pouvoir réfléchir. Autant proclamer que la religion est pour les gosses…

 Indépendamment de cet argument « politique », vous serez d’accord que l’objectif serait de mettre les diverses convictions en perspective et d’apprendre l’esprit (auto)critique, et pas de supprimer l’éducation religieuse ou humaniste dans un « marché » de convictions interchangeables qui ne recouvriraient donc plus de véritables convictions. Ajouter un enseignement comparatif poserait de gros problèmes pratiques mais, surtout, celui des enseignants. Vous dites qu’il faudra les former : il faudra d’abord former leurs formateurs et il y faudra (ou faudrait) deux générations… Ce serait de toute façon une fin à poursuivre, mais il faudra trouver autre chose à court terme : des sessions communes entre les divers cours, par exemple – mais cela sera déjà difficile parce que cela suppose des enseignants à la fois bien disposés et disponibles en même temps… - Vous reprochez aux religions de réinvestir les consciences et l’espace public. Bien sûr qu’elles le font – et elles en ont pleinement le droit, pour autant qu’elles respectent les fondements de nos sociétés et, notamment, renoncent à imposer leurs vues. A la RTBF, Philippe Walkowiak vient d’accuser Mgr Léonard de ne pas respecter la démocratie parce qu’il demande à voir rediscuter la législation sur l’avortement : mais tout citoyen a le droit de critiquer les lois existantes, et cela se fait constamment : comment sinon les législations évolueraient-elles ?! Refuser ce droit de critique, c’est tout bonnement refuser l’accès au débat citoyen, donc à la démocratie ! Je ne suis pas d’accord avec Mgr Léonard, mais il a le droit de dire ce qu’il pense : il jouit lui aussi de la liberté d’expression, et l’État laïque a le devoir, non seulement de la respecter mais de la protéger ! Voilà : j’ai été plus long que je ne pensais au départ…
Encore merci et bien à vous, Paul LOWENTHAL Beau-Frene 4 B - 1315 Pietrebais 010 84 50 17 http://lowenthal.webnode.com

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Published by mithys
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Olivier C 10/03/2013 23:57

"Je pense que nous aurons bientôt fait le tour de nos divergences de vues, heureusement explicitées, ce qui nous conduira sans doute à clore cet intéressant dialogue, très instructif, du moins à
mes yeux."

Oui, c'est mon point de vue aussi. Au plaisir de vous croiser un jour ou l'autre sur le net.

Bien à vous

Michel THYS 10/03/2013 20:45

Bonsoir Olivier C.,
Croire et vouloir comprendre, cela me paraît contradictoire, mais je conçois qu'un croyant cherche à rationaliser sa foi a posteriori pour la rendre intellectuellement acceptable, au-delà de la
« la foi du charbonnier », que je respecte pourtant parce qu'à mes yeux elle est la plus sincère et la plus cohérente.
Je n'écarte nullement « le questionnement métaphysique », qui se rétrécit d'ailleurs comme peau de chagrin au fur et à mesure des découvertes scientifiques, fussent-elles partielles.
Ce que je conteste, ce sont les réponses dogmatiques imposées par les religions, car elles sont une insulte à l'intelligence, à la recherche d'une « vérité » personnelle, partielle et
provisoire, au contact de celles des autres.
Je pense que tout être humain, sauf s'il est croyant fondamentaliste, a une « capacité de liberté » et une aspiration à la liberté de conscience et de pensée qui l'incitent à s'affranchir
des conditionnements éducatifs et culturels.

L'évangélisation est un droit légitime inclus dans la liberté constitutionnelle d'expression. Ce que je conteste, c'est le prosélytisme unilatéral des religions.
La laïcité philosophique, elle, bien qu'elle se passe de toute référence transcendantale, n'occulte pas l'existence des options religieuses, mais il est clair que ce choix est théorique :
rares sont les adolescents qui préfèrent la soumission à l'autonomie !
Il me semble normal que les médias contribuent à l'émancipation des consciences.
Depuis toujours, les jésuites sont passés maîtres dans la manipulation mentale et l'hypocrisie ...
Il est logique que les responsables de l'enseignement confessionnel refusent, non pas « l'idéologie laïque », mais l'humanisme laïque, inconciliable avec l'humanisme chrétien, tout comme
le sont la théocratie et la démocratie. Encore que celle-ci, si elle est endoctrinée par une religion ou une idéologie politique, n'a pas nécessairement toujours raison (je pense à Adolf Hitler,
élu chancelier).

Les très rares athées qui confient leur enfant à l'école confessionnelle ne le font en effet que pour des raisons socioculturelles (voire de proximité), mais ils sont, je l'espère, attentifs à
rectifier, à compenser toute influence religieuse que subirait leur enfant, du moins dans la mesure où ils peuvent s'en rendre compte. Où allez-vous chercher qu'un chrétien soit considéré comme
« un abruti sous-développé » ? Je le répète : je le considère comme une victime involontaire et inconsciente de la religion dont il ne s'est pas affranchi. Mais tant mieux si
elle lui convient !

Namur est la ville belge (wallonne) la plus catholique de Belgique, avec Malines en Flandre.
Avoir notamment trois ministres de l'éducation est l'une des innombrables preuves que ce pays est déjà coupé en deux ou trois, et que sa disparition aura lieu, à mon avis, d'ici quelques années, au
profit d'un nationalisme linguistique.
Je ne conteste pas que l'Eglise ait eu quelque mérite dans l'alphabétisation et la création d'universités, mais c'était d'abord afin de permettre la lecture de la bible et de former des élites que
l'on retrouve à « l'Opus Déi » pour noyauter tous les pouvoirs à son profit.

Bien sûr que « l'homme a des aspirations ». Encore faut-il qu'elles ne soient pas seulement religieuses, en vue d'un « paradis » imaginaire. Il y a aussi les aspirations
laïques, qui consistent à contribuer au progrès humain, individuel et collectif.
La « légitimité » de la morale la morale laïque, c'est de vouloir faire des adultes autonomes, conscients et responsables.

Jusque vers le milieu des années 50, même sous nos latitudes, presque tout le monde était croyant, ou au moins déiste, au moins par tradition familiale.
En 1835, même Théodore VERHAEGEN, franc-maçon fondateur de l'Université Libre(exaministe) de Bruxelles, était croyant pratiquant !
Mais aussi antidogmatique et anticlérical.
C'est avec raison qu'en 1968, en France, le cours de morale « laïque », en fait civique, obsolète, a été supprimé. Il est temps de le réinstaurer sur de nouvelles bases.

Je pense en effet que la conscience morale, le sens des valeurs, « universalisables », non négociables parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de l'autre et de sa
différence enrichissante, celui de la dignité de l'homme, de la femme et de l'enfant, de leur liberté (effective, pas seulement symbolique !) de conscience, de religion, de pensée et
d'expression, loin d'apparaître spontanément, ou par obéissance à des « commandements », ne s'acquièrent que par une éducation familiale puis scolaire, fondées sur l'autonomie, la responsabilité
individuelle, l'apprentissage des limites et du respect des autres et de soi-même, sur l'exemple des parents et des éducateurs, non pas intellectuellement, mais par des expériences affectives,
vécues ou suggérées par empathie, parfois a contrario (cf. les « dilemmes moraux » de Lawrence KOLHBERG), etc …

Je pense que nous aurons bientôt fait le tour de nos divergences de vues, heureusement explicitées, ce qui nous conduira sans doute à clore cet intéressant dialogue, très instructif, du moins à mes
yeux.
Je vous en remercie déjà.
Cordialement,
Michel THYS

Olivier C 10/03/2013 09:27

Bonjour,

Je m'arrête seulement sur la pointe de l'échange :

Qu'un Marion BEAUREGARD (que je n connais pas) s'y emploie avec qui plus est un statut de chrétien n'est pas une preuve en soit, dans l'apologétique il eut souvent des tentatives maladroites. Que
le questionnement métaphysique ne soit pas observable scientifiquement... c'est une évidence étant donné qu'il échappe au crières scientifiques tel qu'on les a posé à l'époque moderne.

"Croire sans comprendre" est anti chrétien, depuis les premiers Pères de l'Eglise jusqu'à "Fides et Ratio" qui ne fait que s'appuyer sur la tradition, et que dire d'un Thomas d'Aquin.

S'il n'y a plus de « dogme positiviste » ni scientiste alors désormais au nom de quoi écarte t'on le questionnement métaphysique?

"Personne n'est donc vraiment libre : on ne peut que tendre vers plus de liberté". Que la liberté soit imbriquée dans des conditionnements... Saint Paul le disait déjà (Rm 7,15). Par contre, que
nous ayons une capacité à la liberté, ce n'est pas ce que dira la psychanatytique ou la neurologie.

L'évangélisation est la mission de l'Eglise, l'une de ses principales raison d'être. Si l'on crois au message dont on pense être dépositaire, alors on crois forcément à sa mission. Les laicïstes
n'évangélisent-ils pas en ce moment? Les médias leur sont acquis.

"Certes, de nos jours, devant mettre de l'eau dans son vin dogmatique de jadis, il le distille imperceptiblement, hypocritement, en accordant une certaine autonomie aux adolescents."

À dévelloper?

"Si cet enseignement, vestige d'un autre âge, n'accepte pas de disparaître et d'être englobé par l'enseignement officiel, c'est à mes yeux parce qu'il ne prône pas la même ouverture d'esprit ni le
même esprit critique que lui."

... Ou parcequ'il en refuse l'idéologie.

"Au contraire, depuis l'apparition d'« écoles-ghettos » dans certaines villes, l'école catholique est plus élitiste et florissante que jamais :même des athées y mettent leur enfant, parce que le
niveau socioculturel et donc la qualité de l'enseignement y sont jugés supérieurs."

... Mais seulement sous cet aspect. Car bien évidement, dès que l'on repasse sous le registre du phénomène religieux, le chrétien redeviens un abruti sous-dévellopé.

"je ne sais pas si vous êtes Belge"

Je suis français mais j'ai vécu un an à Namur. Trois communautés fortes, trois ministres de l'éducation (à l'époque). J'en ai gardé l'impression que l'on ne sais pas faire de compromis là bas.

""et que l'Eglise devra renoncer à son privilège séculaire mais obsolète et inadmissible de mainmise sur les consciences."

Et oui, elle a eu la très mauvaise idée de vouloir former les consciences, étant à l'origine des premières universités. Que n'a t'elle donc laissé l'Europe dans l'ignorance!

"Enfin, la religion, surtout chrétienne, lui apparaît comme la conséquence d'une projection dans l'absolu de tout ce que l'homme voudrait être idéalement. Tout cela est toujours d'actualité."

Et oui, il a découvert que l'homme a des aspiration, bien! Ce qui n'a pas empêché une lecture matérialiste de ce phénomène. On tourne en rond.

"Vincent PEILLON a raison de vouloir réinstaurer un cours de morale"

Et quelle sera donc sa légitimité à cette morale? À l'époque de l'instit versus curé au moins tous les protagonistes partageais encore les mêmes valeurs. Et puis est venu 68 avec des personnes se
demandant au nom de quoi respecter le joug d'une morale. "Il est interdit d'interdir"... Je les comprends : une morale n'a pas de légitimité sans finalité.

Salutation

Michel THYS 10/03/2013 07:28

Bonjour Olivier C.,
Je ne pense pas qu'émettre une hypothèse explicative, fondée sur des observations neurophysiologiques réfutables, constitue « un postulat méthodologique » ou « un a priori
rationaliste ». La preuve, c'est que le neurophysiologiste croyant Marion BEAUREGARD, espérant sérieusement trouver dans le lobe temporal droit l'antenne que Dieu y aurait placée pour recevoir
sa « Révélétion », ne l'a (évidemment) jamais trouvée.
Le « questionnement métaphysique » est à mes yeux un épiphénomène non observable scientifiquement.
Je m'étonne que le dogme religieux (par exemple la « Trinité », la « Résurrection », ...ne vous apparaisse pas comme l'obligation d'y croire sans comprendre.
Depuis Claude BERNARD et surtout Karl POPPER, il n'y a plus de « dogme positiviste » ni scientiste : on n'expliquera jamais tout (c'était une illusion) !

Mais d'accord : « le cerveau (...) n'explique en rien la capacité d'un libre choix ». En effet, nous sommes tous conditionnés, peu ou prou, par de nombreux déterminismes
inconscients : génétiques, hormonaux, éducatifs, culturels, sociaux, religieux, politiques, etc. Personne n'est donc vraiment libre : on ne peut que tendre vers plus de liberté, à
condition cependant d'avoir eu connaissance des éléments nécessaires pour faire un choix (hélas occultés par toutes les religions)

D'accord avec votre définition de l'éducation, mais je reproche à l'enseignement confessionnel (le plus souvent catholique) ne ne pas avoir modifié d'un iota son « projet éducatif »
évangélisateur et prosélyte. Certes, de nos jours, devant mettre de l'eau dans son vin dogmatique de jadis, il le distille imperceptiblement, hypocritement, en accordant une certaine autonomie aux
adolescents.

Si cet enseignement, vestige d'un autre âge, n'accepte pas de disparaître et d'être englobé par l'enseignement officiel, c'est à mes yeux parce qu'il ne prône pas la même ouverture d'esprit ni le
même esprit critique que lui.
Au contraire, depuis l'apparition d' »écoles-ghettos » dans certaines villes, l'école catholique est plus élitiste et florissante que jamais :même des athées y mettent leur enfant,
parce que le niveau socioculturel et donc la qualité de l'enseignement y sont jugés supérieurs.

En fait, je considère que la religion n'a plus rien à faire à l'école, même pas officielle. En Belgique (je ne sais pas si vous êtes Belge), dans l'enseignement officiel, on s'oriente très
lentement vers un cours commun qui (enfin) ne séparerait plus les élèves des cours de religion et du cours de morale laïque. Mais l'enseignement catholique séculaire reste anormalement dispensé de
l'obligation de « neutralité » imposée à l'enseignement officiel. Il est même organisé et subsidié sans contrôle !
La notion de liberté d'enseignement devrait pourtant être repensée car, exploitant la conception laxiste de la « tolérance », déjà des écoles islamiques apparaissent ça et là !

J'estime qu'il faudra donc au plus tôt en arriver à un enseignement pluraliste dans lequel tous les élèves et tous les enseignants (« recyclés ») seront mélangés, avec évidemment (pour
éviter un « nivellement par le bas) une aide individualisée et gratuite pour les moins favorisés par leur milieu socioculturel, mais aussi pour les plus doués. Mais ce projet implique que
l'Etat devrait racheter les bâtiments du réseau catholique (ce n'est pas le moment !), et que l'Eglise devra renoncer à son privilège séculaire mais obsolète et inadmissible de mainmise sur les
consciences. Ce n'est pas demain la veille ... ...

Je connais bien FEUERBACH : il m'a d'autant plus intéressé qu'initialement il a adhéré (comme moi jusqu'à 20 ans) au protestantisme (qui est en quelque sorte à l'origine du libre-examen :
je me croyais donc du bon côté de la « barrière dogmatique).
Je l'apprécie parce qu'il a eu la lucidité de comprendre que la peur et la dépendance sont à l'origine des religions, de contester l'existence de l'âme et donc de son immortalité, et de voir dans
la foi une aliénation (comme s'il avait déjà pressenti qu'elle laisse des traces indélébiles dans le cerveau émotionnel, ce qui affecte le plus souvent le cerveau rationnel et donc l'esprit
critique).
Il a aussi compris que le problème n'est pas l'existence de Dieu, mais qu'il existe une idée de Dieu dans la tête de l'être humain, parce qu'on l'y a mise pour l'aliéner.
Enfin, la religion, surtout chrétienne, lui apparaît comme la conséquence d'une projection dans l'absolu de tout ce que l'homme voudrait être idéalement. Tout cela est toujours d'actualité.

Je ne partage pas (vous vous en doutez) le reproche parfois fait à FEUERBACH de s'être limité à l'analyse seulement psychologique de la croyance religieuse, ce qui implique une morale
individualisée, sans tenir compte de l'aspect social de la religion. C'est bien pourquoi Vincent PEILLON a raison de vouloir réinstaurer un cours de morale (qui s'inspirera je l'espère, de
l'expérience belge depuis 1958). C'est la seule manière, selon moi, de parvenir à ce que, « quelle que soit la religion », le communautarisme régresse, que croyants et athées se
respectent et vivent en harmonie.
C'est cela « le message laïque » !
Bien à vous,
Michel THYS

Olivier C 10/03/2013 00:17

Un erratum au point 2 : pas de "Michel THYS" :

2. Pour moi la vraie liberté dans l'éducation est de donner les outils nécessaires permettant à l'enfant de grandir dans une capacité réflexive. Et a ce propos j'aimerais savoir en quoi le
christianisme occulte un choix libre.