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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 14:58

Je n’ai pas tenté d’engager un dialogue avec Henri ATLAN : nos points de vue sont en effet trop divergents, mais cela n’implique évidemment pas que le mien soit plus exact que le sien :

 

-         Mon « analyse neurophysiologique de la foi en Dieu » ne me paraît pas « limitée à un modèle monothéiste, le plus souvent réduit au seul catéchisme chrétien », mais s’applique à toutes les croyances religieuses.

-         Si ce n’est pas « l’Evolution dans des processus adaptatifs qui a fabriqué tout ce qui existe », qui cela pourrait-il être ? On ne peut évidemment qu’ « imaginer après coup des scénarios explicatifs ».

-         La théorie des « gènes égoïstes » de DAWKINS me semble en effet contestable : pourquoi vouloir expliquer prioritairement tous les comportements humains, dont la foi, par des gènes, plutôt que par l’éducation, dont l’influence me paraît prépondérante ?

-         Certes, « l’anthropologie constate les comportements humains », tels que la foi,  mais n’en explique pas le substrat neuronal, ni au moment de son émergence, ni pour expliquer sa fréquente permanence. La neurophysiologie tend à l’expliquer.

-         De même, « les activités intellectuelles et affectives » sont constatées par l’anthropologie, mais commencent à être expliquées par les interactions constantes et complexes entre les différents étages des cerveaux gauches et droits. C’est la même zone limbique qui est sensible à musique de Mozart et à celle de Brahms, mais pas de celle de Schoenberg par exemple, qui relève plutôt du cortex préfrontal …

-         Il n’y a pas de « croyance rationnelle » : elle est émotionnelle, même si elle est ensuite rationalisée. Seule la pensée est rationnelle. L’athéisme, par exemple.

-         Il est évident que les substances hallucinogènes perturbent d’abord le cerveau émotionnel, puis le cerveau rationnel, ce qui induit « une autre réalité », ou plutôt, selon moi, une autre manière de percevoir la réalité.

-         Le fait que « les enseignements religieux peuvent avoir un effet moralisateur »

      n’implique ni leur véracité, ni la bonne foi de ceux les imposent, conscients qu’ils sont

     d’exclure toute alternative laïque, ce qui aboutit en effet souvent aux « catastrophes du

      fanatisme religieux ».

-         Les « mythes rationnels » que sont les idéologies, même athées, procèdent à mes yeux d’une soumission religieuse initiale à des « vérités » imposées. C’est également le cas de la scientologie : ses adeptes sont souvent des croyants déçus par leur religion initiale mais toujours en quête de sens à donner à leur existence. Ils n’ont hélas jamais eu l’occasion d’entendre parler d’humanisme et de spiritualité laïques, par exemple …

 

 

Michel THYS

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commentaires

Michel THYS 07/01/2010 11:24


Bonjour Monsieur de LAMERIE,

Merci pour votre réaction. Je devrais relire au moins « Pour en finir avec dieu ». Mais il n’y a sans doute aucun passage où Dawkins aurait écrit clairement que « les gènes sont responsables de la
majeure partie du comportement humain ». C’est pourtant l’impression générale que j’ai retenue, sans prétendre évidemment qu’elle est pertinente. Il faut dire aussi qu’à la lecture d’un même
ouvrage, nous interprétons tous de manière différente la pensée de son auteur, en fonction de notre individualité, de nos centres d’intérêt, de nos opinions, etc …
Mon impression s’est forgée en lisant notamment, page 223 et suivantes, ce que pense Dawkins à propos du « sens du bien ».
Il écrit : « A y regarder de près, on a l’impression que l’idée darwinienne de l’évolution guidée par la sélection naturelle convient mal pour expliquer la bonté qui est en nous, ou nos sentiments
de morale, de décence, d’empathie ou de pitié ». Et pour cause, la génétique n’en était qu’à ses balbutiements. (…) Toute l’idée du gène égoïste, avec l’accent sur le gène, c’est que l’unité de
sélection naturelle (l’unité servant son intérêt personnel), n’est pas l’organisme égoïste,ni le groupe égoïste, l’espèce égoïste ou l’écosystème égoïste, mais le gène égoïste ».
(…) La façon la plus évidente dont les gènes assurent leur survie « égoïste » par rapport aux autres gènes, c’est en programmant les organismes individuels à être égoïstes ». (…) Les gènes assurent
leur survie égoïste en poussant les organismes à avoir un comportement altruiste ».
Certes, mais cette notion de programmation dans un certain but me paraît anthropomorphique, voire finaliste, comme pour minimiser, voire occulter, le rôle de l’environnement éducatif et culturel

Je ne vois pas l’utilité de l’équation d’HAMILTON pour prétendre que l’altruisme n’existe que s’il y a apparentement, ou encore celle de PRICE.
Il me semble évident que quand quelqu’un se sacrifie pour sauver la vie d’un proche, ce n’est pas dans le but, consciemment ou inconsciemment, de sauvegarder la survie de ses gènes, mais parce
qu’il s’agit d’un être cher. Et dans le cas où il s’agit d’un inconnu, c’est plutôt, me semble-t-il, par empathie, en raison de leur commune humanité et de la valeur de toute vie humaine. Et donc
surtout, selon moi, en raison de son éducation morale, prépondérante par rapport aux gènes.

D’une manière générale, je pense en effet que la conscience morale, le sens des valeurs; le respect de l'autre et de sa différence enrichissante, loin d'apparaître spontanément, génétiquement ou
par suite d’interdits religieux, ne s'acquièrent vraiment que par une éducation familiale puis scolaire, fondées sur l'autonomie, la responsabilité individuelle, l'apprentissage des limites et du
respect des autres et de soi-même, sur l'exemple des parents et des éducateurs, non pas intellectuellement, mais par des expériences affectives, vécues ou suggérées par empathie, parfois a
contrario, etc ...

Ce débat se situe finalement dans la lignée de ceux qui concernent la part de l’inné et de l’acquis, de l’eugénisme, et même les archétypes de Carl JUNG… , antérieurs il est vrai aux observations
biologiques, génétiques et neurophysiologiques, qui tendent à les éclairer d’un jour nouveau.
Ces denières ne semblant hélas pas fort intéresser DAWKINS..
Je serais intéressé de savoir si, personnellement, vous estimez que l’influence génétique est plus importante que l’ « épigenèse ». Merci d’avance.
Cordialement,
Michel THYS


guillaume de Lamérie 06/01/2010 06:05


Bonjour,
Je me permet de rebondir sur votre affirmation:
"La théorie des « gènes égoïstes » de DAWKINS me semble en effet contestable : pourquoi vouloir expliquer prioritairement tous les comportements humains, dont la foi, par des gènes, plutôt que par
l’éducation, dont l’influence me paraît prépondérante ?"
Lecteur de Dawkins, je suis toujours très surpris quand je lis ce type de commentaires, très fréquent dans les cercles intellectuels français, mais qui m'interroge profondément au point de me poser
la question si nous avons lu les mêmes livres, si nous parlons du même homme. Ou alors je suis passé à coté d'un aspect majeur de la pensée de Dawkins, mais j'aimerais alors qu'on m'indique
précisement, ou Dawkins a pu dire ou même sous-tendre une idée pareille, les gènes responsables de la majeure partie du comportement humain, qu'on ne retrouve même pas chez E. O Wilson, penseur de
la sociobiologie...
Cordialement,
La théorie des gènes égoïstes