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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 13:42

Monsieur le Député, Cher Monsieur GERIN,

 

Bien que visant un objectif a priori limité, la tâche de la  Mission que vous présidez est aussi complexe que le fut celle de la Commission STASI. C’est que toutes deux contribuent, nolens volens, à faire progresser la réflexion sur des questions de société importantes, sans pour autant stigmatiser l’islam.

Bien que Belge, puis-je, en un peu plus de deux pages, me permettre d’exprimer, à cet égard, un point de vue inhabituel ?

 

Au-delà de l’approche psychologique et psychanalytique, déjà évoquée, il me semble que la Mission parlementaire devrait, tant qu’à faire, entendre aussi celle d’un  psycho-neuro-physiologiste, évidemment incroyant.

Je pense en effet que son point de vue, du moins s’il ose l’exprimer (parce qu’il s’agit d’un domaine à la limite de l’objectif et du subjectif !), devrait logiquement contribuer à concevoir un projet éducatif susceptible de concilier, à long terme, l’antagonisme plus ou moins exacerbé entre les croyances religieuses, quelles qu’elles soient, et les options laïques.

Projet encore utopique, je vous l’accorde !

 

Quelques constatations et réflexions préliminaires : en réaction à la laïcisation croissante de la société, du moins sous nos latitudes, les religions, toutes prosélytes par destination et fondées sur la soumission, se livrent, avec l’appui des media, à des tentatives de réinvestissement des consciences, de re-confessionnalisation de l’espace public et de néo-cléricalisme politique, surtout depuis Jean-Paul II, Benoît XVI, et autres fondamentalistes, qu’ils soient islamistes, créationnistes évangéliques, ou sectaires de tous acabits.

 

Au-delà de la « laïcité politique », propre à la France, la « laïcité philosophique », comme vous le savez, est  au contraire rétive à tout prosélytisme : elle prône l’autonomie et la responsabilité individuelle. Même si elle refuse toute référence divine, de même que toute croyance imposée, et même si ses partisans considèrent généralement que les religions, et a fortiori leurs dérives (inégalité des femmes, excisions, …) sont plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, elle n’est pas antireligieuse : il va de soi que la foi restera toujours un droit élémentaire et légitime, d’autant plus respectable si elle a été choisie plutôt qu’imposée.

 

Mais cette inégalité de fait, favorisée hypocritement par les Etats plus ou moins « laïques »,  affecte le libre choix effectif des convictions religieuses ou philosophiques. Remédier à cette situation est évidemment encore utopique puisque, outre l’opposition prévisible des religions, cela impliquerait d’adapter à notre époque de pluralité des cultures et des convictions, les notions de tolérance, (dont il faut fixer les limites), de neutralité, de liberté individuelle et même de droits constitutionnels … ! Et donc de les repenser ...

 

A mes yeux, avant d’être politique et sécuritaire, la question du port de la burqa et du niqab concerne la laïcité et la liberté individuelle. Certes, ces prisons portatives ne sont pas une exigence coranique, mais ce sont quand même des musulmans fondamentalistes qui les imposent à leur femme.

Et nous sommes tous conscients qu’en l’absence d’une réaction laïque appropriée, le risque est grand de voir se multiplier ces symboles de soumission, d’inégalité, et même de négation de l’identité et de la dignité humaines. Pire : vu le laxisme et l’opportunisme électoral de certains politiciens, il se pourrait même qu’à terme, si l’on ne réagit pas, les prescrits religieux de la charia ou de la torah se substituent « démocratiquement », à nos usages et à nos lois.

Ne perdons pas de vue non plus que les islamistes, même s'ils sont encore minoritaires, ne cachent  pas leur volonté d’imposer leur « Vérité » exclusive à toute la planète, comme d’ailleurs les chrétiens évangéliques. Notamment via les jeunes en quête d’identité, de repères et de sens à donner à leur existence.

 

La question fondamentale n’est pas, vous l’avez dit, de savoir s’il faut ou non légiférer sur le port de la burqa et du niqab, mais bien la place des femmes et, en l’espèce, celle des musulmanes, dans notre société. Question délicate, parce qu’elle touche à la subjectivité et à l’intimité, et qu’elle peut même être perçue comme dévalorisante lorsqu’on se demande si c’est « en toute liberté » que les musulmanes portent ces symboles de soumission, même  le voile, ou si elles sont contraintes de se soumettre au coran, aux traditions et au pouvoir patriarcal fondamentalistes. A moins qu’elles ne se soient convaincues elles-mêmes, par autoprotection, que c’est volontairement qu’elles s’y soumettent …

Rares sont celles, a contrario, qui ont osé s’en affranchir autant que Chahdortt Djavann (« Le voile doit être considéré comme un acte de maltraitance physique, psychique, social et sexuel »).

 

La question me paraît pourtant fondée : au-delà du port de ces symboles, les musulmanes de chez nous ont-elles pu choisir de croire ou de ne pas croire, en connaissance de cause, c’est-à-dire en étant suffisamment informées aussi bien des alternatives proposées par d’autres religions que par celles de la laïcité  philosophique ? Ont-elles eu réellement la  possibilité de changer de religion, ou de choisir le déisme, ou l’incroyance, ou l’agnosticisme, ou l’athéisme, conformément à l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948 ? : "Toute personne a droit à la liberté de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction (...)".

Il est évident que non, d’autant moins que l’apostasie est théoriquement punie de mort par le coran et la charia …

Ce « droit » me paraît donc plus symbolique qu’effectif.

 

Comment expliquer la corrélation entre une éducation religieuse, surtout musulmane, et la persistance de la foi, si ce n’est par le conditionnement à la soumission, dès la prime enfance ? Même universitaires, la plupart des musulmanes sont sincèrement convaincues d’avoir librement choisi cette soumission, elles sont imperméables à toute argumentation rationnelle et elles ne changeront jamais d’avis ! Ce qui est certes leur droit ...

 

Les neurosciences tendent de plus en plus à confirmer les traces de cette influence éducative.

Le neurobiologiste Henri LABORIT a écrit : " Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant.

Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais. Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et finalement, c’est une illusion, la liberté !".

 

Et de fait, les observations psycho-neuro-physio-génético-éducatives tendent à relativiser la part de liberté individuelle : elles confirment que la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, puis confortée par l’influence d’un milieu culturel unilatéral, puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante.

 

Bien qu’occulté, c’est un fait sociologique : en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas, et la religiosité à l’âge adulte en dépend : déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, à l’époque professeur à l’Université catholique de Louvain, écrivait, dans "Psychologie religieuse", sans doute à son grand dam : " La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’être précocement éduquée" (...) ". "Les gestes et le langage religieux des parents (...), la célébration des fêtes religieuses, marquent de façon INDELEBILE les souvenirs d’enfance de nombreux adultes et déterminent leur sentiment d’appartenance religieuse".

 

Par ailleurs, des neurophysiologistes canadiens ont constaté que chez le petit enfant, les amygdales (centres de la peur, pas celles de la gorge mais du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique », sont indélébiles … L’ IRM fonctionnelle confirme que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent « anesthésiés » à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % … (j’aimerais me tromper !) …

 

Quant à la soumission religieuse, Richard DAWKINS l’explique en suggérant que, déjà du temps des premiers hominidés, les enfants n’auraient jamais pu survivre, du fait de leur cerveau encore immature, si l’évolution ne l’avait pas pourvu de gènes les rendant totalement soumis à leurs parents, et donc plus tard à un dieu. L’animal humain est le seul primate dont le néocortex est devenu capable d’imaginer un « père protecteur » (S. FREUD), « substitutif et agrandi, authentique et épuré, Présence Opérante du Tout-Autre … » (A.VERGOTE).

 

Seconde question fondamentale : comment faire coexister un jour les trois religions monothéistes (et leur prétention à imposer leur Vérité exclusive) et la laïcité philosophique (qui n’impose rien) ? Evidemment par l’éducation.

Eric BESSON a raison quand il écrit : "Il faut lutter contre le développement de la burqa

- cela ne fait pas l’ombre d’un doute -, mais il faut le faire par l’éducation, par la pédagogie, par le dialogue". Mais ce n’est pas évident actuellement : à mes yeux, la Constitution, tant française que belge, ne garantit PAS (en tout cas pas à toutes et à tous) la liberté de conscience et de religion : ces textes ne font qu’exprimer symboliquement une louable intention, un idéal humaniste, un voeu pieux ... Si cette liberté était garantie, elle serait concrétisée et il y aurait des incroyants et des athées parmi les musulmans de chez nous !

 

Certes, la « laïcité politique » française, séparant les religions et l’Etat, est le seul système qui permette la coexistence pacifique des cultures et des convictions, mais elle se fonde, à mon sens, sur une conception certes "voltairienne" mais laxiste de la tolérance.

La Belgique, elle, plutôt que d’inscrire le principe de la laïcité politique dans sa Constitution, privilégie la "neutralité", mais elle est passive ; elle subsidie largement l’enseignement confessionnel (choisi même par 60 % de parents belges, même incroyants, pour son meilleur niveau socioculturel) et favorise hypocritement les religions, bien plus que la laïcité philosophique.

Les deux systèmes maintiennent en fait le statu quo, l’indifférence, le communautarisme, le repli sur soi, l’absence d’ouverture à la différence enrichissante de l’autre, et donc  l’intolérance …

 

Dans le but de réduire les inégalités socioculturelles, et aussi pour des raisons économiques, tant en France qu’en Belgique, où les réseaux devraient fusionner, l’école - enfin devenue pluraliste - devrait compenser l’influence des parents, certes légitime et constitutionnelle mais unilatérale, par une DOUBLE information minimale, objective et non prosélyte : d’une part, au cours d’histoire, sur le « fait religieux », (certes « l’amour du prochain » mais aussi  l’« historicité » discutable des textes « sacrés », tous manipulés, la soumission inhérente aux trois religions monothéistes, et leur part de responsabilité dans l’origine de l’intolérance, de la violence et des guerres, …), ET d’autre part, sur le « fait laïque » (l’humanisme laïque, ses principes de libre-examen, d’esprit critique, d’autonomie, de responsabilité individuelle, ses valeurs, ses options, ses objectifs, la spiritualité laïque, la franc-maçonnerie a-dogmatique, etc …, actuellement occultés). Vivement un large débat national à ce sujet !

 

Puisse la question du port de la burqa, du niqab, mieux que celle du voile islamique, devenir, grâce à vous, le catalyseur d’une réflexion approfondie, afin que les différentes communautés recherchent enfin des valeurs communes et universalisables parce que bénéfiques à tous, ce qui aboutirait à un meilleur « vivre ensemble » et à une citoyenneté harmonieuse  ! 

 

Votre commentaire, fût-il bref, m'intéresserait vivement. Je vous en remercie déjà.

Respectueusement, et non moins cordialement,

 

Michel THYS, libre-penseur, à Waterloo.   

http://michel.thys.over-blog.org

 


 

 

 

 

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Published by mithys
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