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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 20:26

Pas d'accord ...

... avec Jean-Louis BIANCO, président de l'Observatoire de la laïcité et ancien secrétaire général de l'Élysée de François Mitterrand ...

Pour lui,« la laïcité, c'est la liberté de porter le voile ou de ne pas le porter (...), c'est la liberté de croire ou de ne pas croire » ! C'est ainsi qu'il a conclu son intervention le 17 novembre 2016 à Lyon dans le cadre d'une journée d'étude dédiée à "la jeunesse et la laïcité" et destinée aux professionnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

Pour lui, la laïcité est « un principe d'organisation qui s'appuie sur trois piliers :"la liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire, et de manifester ses opinions - mêmes religieuses dit la déclaration des droits de l'homme - pourvu qu'on ne trouble pas l'ordre public. Deuxièmement c'est la neutralité, l'indépendance de l'État et des agents publics par rapport à toute loi religieuse. Troisièmement, c'est la citoyenneté. Nous sommes avec nos différences, qui sont une source de richesses, mais ces différences sont rassemblées dans notre citoyenneté, hommes et femmes, à égalité de droits et de devoirs."

Certes, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme stipule, en son article 9 (cf déjà l'art.18de la DUDH de 1948 et en 1789), que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, etc ». Hélas, ces libertés sont plus symboliques qu'effectives, parce que toutes les religions les occultent autant que possible, et même totalement dans le cas de l'islam ...

Monsieur BIANCO n'a pas compris que la liberté, quelle qu'elle soit, ne se décrète pas, ne se proclame pas, car elle n'est pas innée : au contraire, elle s'acquiert par une éducation développant le sens critique, l'autonomie, la responsabilité individuelle, les valeurs humanistes, etc.

Mais l'État, du fait de sa conception laxiste et électoraliste de la tolérance et et de la neutralité, favorise sans contrôle tout enseignement confessionnel, alors que la religion devrait être et rester une affaire privée qui n'a plus rien à faire à l'école.

Que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs, il est inadmissible à mes yeux que l'enseignement confessionnel soit encore dispensé de respecter les lois et décrets votés démocratiquement. La loi de 1905 n'est évidemment plus suffisante et doit être adaptée à notre époque !

Sans se faire juge des croyances ou des pratiques religieuses, l'État doit en effet favoriser l'émergence des libertés pour tous, et non tolérer les obscurantismes qui foulent aux pieds les droits des personnes. Les musulmans n'ont pas que des droits; ils ont aussi un devoir d'intégration.

La « neutralité , deuxième pilier » de la laïcité ? Mais, comme l'a écrit Nadia GEERTS dans le cas des enseignants : « La neutralité n'est pas neutre ! » (Editions Le Bord de l'Eau, 2012). Je la cite :

« Fêtes religieuses, contestations de contenus scientifiques ou autres, refus de participation à des activités scolaires, prescrits alimentaires, racisme, sexisme, prosélytisme, repli communautaire ou assignation identitaire : autant de problèmes auxquels l'enseignant se trouve confronté tôt ou tard, que ce soit en préscolaire, en primaire ou en secondaire ». (...) « Comment agir et réagir de manière neutre face à des élèves et des parents qui ne le sont pas et n'ont pas à l'être ? Quelle attitude adopter, en particulier, devant l'intrusion du culturel et du religieux dans la sphère scolaire ? Comment éviter le double piège du relativisme absolu de celui qui refuse de rien imposer et de l'impérialisme de celui qui tient son seul point de vue pour valable ? ».

Le « troisième pilier, la citoyenneté ? ». Certes, « nos différences sont une source de richesse », mais tout est fait actuellement pour favoriser le communautarisme, le repli sur soi, le rejet de la différence de l'autre, l'intolérance, etc . Cela durera sans doute tant que les enfants et adolescents resteront séparés à l'école par les différences religieuses ou idéologiques, et tant que les parents, bien que sincères et de bonne foi, auront le « droit légal » de leur imposer précocement leur religion et la soumission qu'elle implique, au détriment de leur autonomie et de leur libre-arbitre ultérieur. L'État devrait avoir le droit de compenser les influences familiales unilatérales, communautaristes, voire machistes et obscurantistes de certaines familles ... Monsieur BIANCO reconnaît, avec raison, qu'il importe de « protéger les enfants, dont la conscience est en formation, des pressions polémiques, politiques », mais il ne mentionne évidemment pas les pressions religieuses ... ! En 2013, il s'était déjà fait remonter les bretelles par le Grand Maître du GODF ...

 

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Published by mithys
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