Mercredi 17 avril 3 17 /04 /Avr 17:02

 

 Une approche inhabituelle « neuroscientifique » 

du phénomène religieux.

Michel THYS (17 février 2014).

 

Introduction.

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-éducatifs et culturels, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, historique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) en prenant en compte les découvertes des neurosciences, aussi balbutiantes soient-elles encore (et donc le plus souvent ignorées par la plupart des philosophes actuels ...) ?

 

Entendons-nous bien cependant : ni les neurosciences, ni les sciences humaines, dont la psychologie, ne prétendent évidemment démontrer l’inexistence de « Dieu », puisque, par définition, aucune inexistence n'est démontrable (sauf en mathématiques). Mais leurs observations confirment celles des sociologues, par exemple la très fréquente corrélation entre un milieu croyant unilatéral et la persistance de la foi.

 

N'est-il pas dès lors légitime que certains concluent (philosophiquement et jusqu'à preuve du contraire), à l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi, à sa fréquente persistance neuronale et donc à l'existence seulement subjective, imaginaire et illusoire de Dieu ? Tout le reste, il est vrai, (les "Livres saints », la théologie, les exégèses, etc.) ne serait plus alors que « littérature ». Mais il va de soi que dans ce cas, la foi resterait toujours légitime et d'autant plus respectable à mes yeux, qu'elle aura été choisie après avoir eu connaissance des options non confessionnelles.

 

Passons sur les observations bien qu'instructives a contrario, de certains neurophysiologistes croyants, notamment canadiens, tels que Mario BEAUREGARD qui, financés par la très chrétienne Fondation Templeton, ont tenté de démontrer « scientifiquement » l'existence de Dieu (qu'ils présupposent donc par "pétition de principe"!) en recherchant dans le lobe temporal « l'antenne », qu'« Il » y aurait placée pour recevoir sa « Révélation » : en vain, bien évidemment ! En effet, du fait des interconnexions constantes et éminemment complexes entre le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel (selon le schéma simplifié mais pédagogique de McLEAN), c'est évidemment tout le cerveau qui est concerné (cf SAVER & RABIN), même si l'émotionnel prédomine chez un croyant.

 

Homo religiosus ?

C'est sans doute en raison de sa faiblesse corporelle que l'homo sapiens s'est redressé il y a quelque 100.000 ans, et que la sélection naturelle, grâce l'acquisition du langage, a lentement hypertrophié son néo-cortex pré-frontal, le rendant alors capable il y a environ 50.000 ans d’imaginer d'abord des « esprits » (d'où l'animisme, le chamanisme, ...), puis un nouveau « mécanisme de défense » : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul), dont il tentait d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices. Cela a laissé des traces de nos jours ... !

 

Michel de PRACONTAL écrit d'ailleurs dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ».

 

Dans « La religion est-elle innée ? », le professeur de psychologie Vassilis SAROGLOU de l'Université catholique de Louvain, évoque « l'existence de prédispositions génétiques à la religiosité ».
Il faut nuancer : comme tous les mammifères, l'être humain possède un cerveau reptilien, génétiquement « programmé » par l'évolution pour réagir aux dangers. Il y a donc bien chez lui une composante irrationnelle et atavique, une prédisposition ancestrale à la croyance, MAIS elle ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel, qui la conforte et la renforce.

 

Toutes les religions l'ont bien compris en apportant depuis toujours des réponses immédiates et sécurisantes qui s'adressent évidemment au cerveau émotionnel. La preuve a contrario, c'est que les enfants de parents athées ne deviennent jamais croyants, sauf influences extérieues unilatérales. C'est flagrant notamment aux USA où la croyance, théiste ou déiste, est majoritaire (à plus de 90 %), essentiellement parce que les alternatives de l'humanisme laïque y sont totalement occultées par les religions.

 

Vassilis SAROGLOU reconnaît d'ailleurs qu'« à côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l'orientation religieuse ou athée d'un enfant ». Après l'âge de 30 ans, ce ne sont pas, comme il l'écrit, « les influences génétiques, tant sur la personnalité que sur la religiosité, qui se renforcent ». Au contraire, selon moi, ce qui se renforce, c'est la difficulté, voire l'impossibilité d'encore remettre en question ses certitudes religieuses, par crainte de se déstabiliser et de se « décrédibiliser ».

 

 

La soumission.

La soumission serait non seulement acquise mais génétique, comme l’avait pressenti Desmond MORRIS en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notion de «dominant/dominé»), et comme l'estime Richard DAWKINS, pour qui, déjà du temps des premiers hominidés, le jeune enfant n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau (tout à fait immature) de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … ?)

 

Toutes les religions sont donc fondées, à des degrés divers, sur la soumission à un dieu, à un prophète et à un livre « sacré », qui s'excluent les uns les autres. À cause de leur prétention à détenir chacune LA Vérité et LE Vrai dieu, les religions m’apparaissent donc comme à l’origine de toutes les intolérances et de la plupart des guerres. Hier comme aujourd’hui. L'Histoire confirme d'ailleurs abondamment la piètre aptitude des religions et des idéologies politiques à développer une conscience morale autonome et le respect de la dignité humaine. Elle témoigne au contraire de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission, quelle qu'elle soit. Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du nazisme et du stalinisme, notamment, n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant athée, mais à la croyance religieuse initiale, aussi bien celle des « dominants » Hitler ou Staline, que celle des dominés qu'ils ont facilement endoctrinés, la soumission religieuse ayant constitué un terreau favorable à leur soumission idéologique et à leur croyance en une prétendue « supériorité aryenne ».

 

« Liberté religieuse » ?

Du fait de nos nombreux déterminismes (héréditaires, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, idéologiques, sociaux, politiques, etc...), notre orgueil dût-il en souffrir, nous sommes moins libres que nous ne le pensons. Henri LABORIT, l’avait bien compris dans « Eloge de la Fuite », page 59 :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant à Jacques LANGUIRAND, à Radio Canada, il disait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain RESNAIS.

 

La foi : un choix vraiment libre ?

Vassilis SAROGLOU écrit : « Le fait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vue statistique, une question de choix. C'est plutôt une question de continuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectif que l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse de croyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ».

Et pour cause : dans nos pays démocratiques, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. Elle l'est d’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence certes légitime mais unilatérale, identitaire et communautariste). Elle l'est ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant occultant volontairement toute alternative humaniste, rationnelle, philosophiquement laïque et non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % : la soumission à tous points de vue y est en effet totale (cf. le très grand nombre de musulmanes voilées), comme dans les sectes, et à un degré moindre dans le judaïsme, le protestantisme évangélique, la religion orthodoxe, le catholicisme, le protestantisme libéral et le bouddhisme.

 

Origine psychologique, éducative et culturelle de la foi.

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté, dans « Psychologie religieuse », sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas (les parents incroyants en témoignent a contrario), et que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, « agrandi, substitutif » et anthropomorphique, fût-il qualifié d'«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ». Ainsi, page 294 :

 

« La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir été précocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé : l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans la formation des attitudes religieuses.(…) Les gestes et le langage religieux des parents, la célébration des fêtes religieuses marquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreux adultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudes religieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière, s’explique certainement par l’influence prépondérante de l’éducation familiale.»(…).
Son successeur actuel, Vassilis SAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parents religieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteur le plus important pour déterminer les probabilités d'être, de rester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit à l'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ».


Interprétation « neurophysiologique ».

Comment expliquer la fréquente persistance de la sensibilité religieuse ou déiste ?

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer son imprégnation neuronale : des neurophysiologistes ont en effet constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l'atmosphère « envoûtante » d'une église, les prières et autres comportements religieux des parents, voire leurs inquiétudes métaphysiques, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.

Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

Les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal notamment, et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment « éteints », et donc « anesthésiés », à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.
Même André COMTE-SPONVILLE se dit « athée fidèle » à sa croyance enfantine, ou du moins aux « valeurs chrétiennes », telles que « l'amour du prochain ».
Cela expliquerait a fortiori la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question (cf. le pasteur évangélique belge Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu », les dogmes, etc …

 

Les conversions religieuses.

Dans cette optique, les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », me semblent explicables. Lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, il se produit en un instant un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux …
Je m’explique par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre1886. Malgré sa brillante intelligence, il ignorait forcément à cette époque que l’environnement sensoriel (les grandes orgues, l’odeur d’encens, le décorum, la génuflexion…) avait provoqué en lui un bouleversement psychophysiologique, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel, ce qui lui a fait retrouver la foi. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant puisque les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions.

 

Les exemples de « hapax existentiel » (Michel ONFRAY), c'est-à-dire de circonstances exceptionnelles laissant des traces physiologiques et psychologiques indélébiles, sont très nombreux : par exemple, la conversion du docteur Alexis CARREL, prix Nobel, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmament glacial du Sahara (même lorsqu’on est issu comme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente de deux mille ans de judéo-christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort, notamment. Cf le « pari de Pascal ». Ce philosophe, lors de la « nuit du Mémorial » du 23 novembre 1654, connut aussi un état d'exaltation extrême et il nota sur un papier ses sensations, ses émotions, et les sentiments que lui inspirèrent ces minutes d'une telle densité. Le texte s'acheva sur ces mots : «Joie, joie, joie, pleurs de joie » : Pascal connut ce soir-là un authentique ébranlement physiologique dont il ressortira métamorphosé.

 

« La religion en miettes ».

Dans la plupart des pays européens intellectualisés, où les options non confessionnelles ont une chance d'être découvertes, la religiosité est en chute libre, d'abord parce qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, mais aussi à cause de l'aspiration croissante à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle et à la liberté de pensée. Certains cependant restent croyants, définitivement marqués par leur foi, ou déistes, définitivement déterministes et convaincus qu'il existe une « intelligence supérieure » qui a présidé à l' (apparente) harmonie de l'univers, à la prodigieuse variété des espèces animales et végétales, à l'extraordinaire complexité du vivant, du cerveau humain notamment, etc., et, ajouterai-je, parce qu'ils ne peuvent pas se représenter une durée aussi longue que des centaines de millions d'années et son influence sur l'évolution.

D'autres enfin se concoctent un amalgame de croyances ou de superstitions, telles que l'astrologie (cf « l'ouvrage « La religion en miettes » de la sociologue croyante Danielle HERVIEU-LEGER).


À moins évidemment de se faire harponner par les sectes, expertes en abus de faiblesse, en manipulation mentale, en dépersonnalisation et en captation de patrimoine ...

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (et même quelques musulmans de chez nous) désertent donc les lieux de culte et tendent à privilégier l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse.

 

Réaction des religions.

Les religions réagissent évidemment par des tentatives de re-confessionnalisation des consciences, de réinvestissement médiatique de l’espace public (surtout depuis Jean-Paul II) et de re-cléricalisation de la politique notamment européenne (via par exemple l’ « Opus Dei »), tandis que les sectes spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf. les évangélistes américains, les mormons, les scientologues, les créationnistes, etc.).

Plutôt qu’un « retour du religieux », j’y vois de nouvelles «stratégies» religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychisme humain, l'actuelle conception « laïque » de la « tolérance » et de la « neutralité », ainsi que le laxisme de certains politiciens électoralistes qui concèdent de plus en plus de revendications inspirées par des prescrits religieux, notamment par la charia. Bien que les musulmans, dans leur immense majorité, soient modérés et pacifiques, l'islamisation progresse dans toutes les grandes villes lorsque le coran, la sunna, les hadiths, la charia, etc. sont pris à la lettre ...

 

Vers quelques conclusions pédagogiques et politiques ?
Préventivement, tout dépendra bien sûr de l'éducation donnée. N'est-il pas grand temps de freiner, dès « l'école pour tous », le communautarisme croissant, source d'intolérance, d'incompréhension de l'autre et de non acceptation de sa différence (tant qu'elle n'est pas terroriste !), et de viser concrètement un meilleur vivre ensemble ?
Le remplacement des cours de religion ET de morale laïque par un cours commun de philosophie, rassemblant enfin tous les enfants et adolescents, irait dans ce sens, mais tant que la liberté constitutionnelle permettra inconditionnellement la liberté d'enseignement (même islamique et donc dogmatique...) sans proposer d'alternatives et sans imposer des limites, l'école confessionnelle, notamment catholique, persistera dans son « projet pédagogique » évangélisateur, fût-il lénifié de nos jours ...

 

Pourtant, par simple honnêteté intellectuelle, chacun devrait pouvoir choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque, je le répète, le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée). Mais pour que les libertés de conscience et de religion, en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait, me semble-t-il, s’orienter enfin et dès que possible, politiquement et économiquement, vers la fusion des réseaux officiel et privé (dit « libre » en Belgique !).

 

 

Cela impliquerait un système éducatif « pluraliste » qui proposerait notamment, à tous et partout, une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses (ce qui ferait apparaître tôt ou tard leur point commun, à des degrés divers, évidemment occulté : la soumission à un dieu et à un texte « sacré »), ET sur les options laïques évidemment encore plus occultées : l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, la morale laïque, etc.(qui incitent au libre-examen, à l'esprit critique à tous égards, à l'autonomie de la conscience, à la responsabilité individuelle, au respect et à l'acceptation de l'autre.). Cela compenserait les influences religieuses familiales, certes légitimes mais unilatérales et communautaristes, ainsi que les inégalités socioculturelles résultant notamment de l'immigration.

 

Enfin, cela permettrait de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de la dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la liberté de pensée, de conscience et de religion, etc...

La religion est en effet une affaire privée qui n’a plus sa place à l’école, sauf lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un minimum de culture religieuse, notamment artistique, fait partie de la culture générale. Dans cette optique, l’enseignement confessionnel, à quelque niveau que ce soit, m’apparaît comme élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, intolérant, obsolète et donc inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions.

L’avènement d’une citoyenneté responsable, respectueuse de tous, me paraît à ce prix. Mais il faudra d'abord repenser les notions de «neutralité» de l’Etat et de «libre choix» des parents, lequel, quoi qu'ils en pensent, n’est pas prioritaire par rapport à « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

 

Dans une ou deux générations, peut-être, lorsqu'on aura enfin compris, confirmé, diffusé et admis que la foi a une origine exclusivement éducative psychologique et culturelle et que les religions imprègnent malhonnêtement le cerveau émotionnel pour maintenir (autant que possible) leur mainmise sur les consciences.
Mais ce n'est là que mon point de vue d'athée, dont je ne prétends évidemment pas qu'il soit plus pertinent qu'un autre. Merci donc pour vos commentaires.

 

Cordialement,

Michel THYS à Ittre (Belgique).
michel.thys357@gmail.com

http://michel.thys.over-blog.org


Quelques références bibliographiques :

- Le Grand Larousse du cerveau (2010).

-Dictionnaire de Psychologie et psychopathologie des religions (2013) Gumpper & Rausky.

- Nadia GEERTS : « La neutralité n'est pas neutre ». La Muette 2012.

- André COMTE-SPONVILLE : « L'esprit de l'athéisme ». Albin Michel 2006.

- Baudouin DECHARNEUX : La religion existe-t-elle ? » (Essai sur une idée prétendument universelle). Ed. L'Académie en poche, 2012.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Richard DAWKINS : « Pour en finir avec dieu », R. Laffont 2008.

- Marcel BOLLE de BAL & Vincent HANSSENS : »Le croyant et le mécréant ». Ed.Mols 2008.

- Sigmund FREUD : « L'avenir d'une illusion » PUF 1948.

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.

professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D :

Religion et développement humain »,. 2001.

- Vassilis SAROGLOU, dans Cerveau et Psycho n° 40 : « La religion est-elle innée ? ».

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007, et avec Jules FERRY : « Qu'est-ce que l'homme ? »Odile Jacob, août 2001.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison ».

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens », « Eloge de la fuite » Laffont 1976,« Dieu ne joue pas aux dés ». Grasset 1987.

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain ».

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain

by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. MacLEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Michel ONFRAY : « Athéologie ».

- Danielle HERVIEU-LEGER : « La religion en miettes ou la question des sectes ». Calman-Lévy 2001. ,

- Noël RIXHON, ancien prêtre athée : « L'absence d'être de Dieu ». (Soc. des Ecrivains 2006), « Conscience athée », « Le curé Meslier : Dieu n'est pas ».

- Gabriel RINGLET, ancien vice et pro-recteur de l'UCL,, : « L'évangile d'un libre-penseur ».

- Michel de PRACONTAL : « L'imposture scientifique en dix leçons » Ed. Du Seuil 2005. - Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». etc.

 

 

 

 

 

Par Michel THYS
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Dimanche 27 janvier 7 27 /01 /Jan 09:47

Bonjour Monsieur JOIN-LAMBERT, 


Je me permets de vous écrire à la suite de l'émission « Et dieu dans tout ça ? » de la RTBF, le 2 décembre 2012.

Si, comme l'a écrit Florence QUENTIN, "les religions, que l'on avait crues vouées à s'effacer devant le bulldozer de la sécularisation, réinvestissent le théâtre du monde", c'est à mon sens pour deux raisons : certes d'abord à cause du besoin, en ces temps troublés, de donner un sens l'existence, mais aussi et surtout, me semble-t-il, parce que les croyants (quelle que soit leur religion) ne s'interrogent pas encore (par auto-protection ?) sur l'origine psychologique, éducative et culturelle de leur foi, pas plus que sur sa fréquente persistance, due à la plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses   (imprégnation que les neurosciences tendent à expliquer, notamment par IRM fonctionnelle), ce qu'occultent évidemment toutes les religions ...
Je détaille mon point de vue sur mon blog :
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html
Votre commentaire m'intéresserait vivement.
Je vous en remercie déjà.
Cordialement,
Michel THYS, à Ittre.

 

cher Monsieur,
j'ai pu parcourir votre texte sur votre blog. Il développe une hypothèse que je connaissais. Comme chercheur en théologie pratique (empirique) et accompagnant plusieurs travaux de recherche, je ne suis pas convaincu par l'argumentaire.
Comme on dit dans la critique des limites de la physique quantique, des "éléments de réalité" résistent au développement théorique. Par contre le "évidemment" de votre message est erronée, car la prise en considération de nouvelles recherches est la caractéristique de bon nombres d'instituts de recherche en théologie ou philosophie religieuse. Mais c'est interessant, et j'en discute d'ailleurs trops rarement avec mon collègue Saroglou, débordé comme moi, par les sollicitations et les enjeux fondamentaux. Je pense trop tard que vous auriez apprécié le colloque international achevé ce soir sur la rationalité théologique, à l'UCL.
avec mes salutations
Arnaud Join-Lambert



Cher Monsieur JOIN-LAMBERT,

Merci pour votre réponse.

En effet, l'adverbe "évidemment" que j'ai utilisé était inadéquat, comme

je l'aurais sans doute constaté si j'avais été présent à ce colloque

international sur la rationalité théologique à l'UCL.

C'est pourquoi je viens de m'abonner aux "Cahiers internationaux de

théologie pratique".

M'autorisez-vous à mentionner votre commentaire dans mon modeste blog ?

Merci d'avance.

Bien à vous,

Michel THYS

 

bonsoir,

vous pouvez bien entendu intégré mon commentaire sur votre blog. je plaide

pour le plus de débat et dialogue possible.

bonne continuation

Arnaud Join-Lambert

 

Bonsoir Monsieur JOIN-LAMBERT,

 

Merci pour votre accord.

À l'appui de votre propos, je viens de découvrir (mais un peu tard !) que vous avez écrit un livre à propos des NDE, dont je n'ai lu pour l'instant que les quelques pages lisibles sur Internet.

A ma connaissance, même lorsque l’EEG est plat du fait de l’anoxie cérébrale, le cerveau reptilien, responsable des fonctions végétatives et le mieux protégé en cas d'agression, est le dernier à mourir. Il est donc théoriquement susceptible d'envoyer des "messages de survie » au cortex sensoriel et même cognitif pour rétablir l'homéostasie. Ce qui expliquerait que certains aient alors un « sentiment d’intemporalité, d’harmonie et d’unité avec l’univers, de voir une lumière au fond d’un tunnel, d’entendre des voix ou même de voir Dieu".

 

Mais dans "La biologie de dieu", le neurophysiologiste Patrick JEAN-BAPTISTE a observé que, tout comme lors d’une épilepsie localisée dans le lobe temporal droit, ces expériences n’ont une connotation religieuse que dans le cas des croyants, qui ont forcément une attente religieuse. Vous écrivez d'ailleurs : « « les personnes ayant vécu une NDE sont liées à une culture et à des croyances qui forgent une certaine vision du monde », ce qui implique « une charge émotionnelle ». J'ajouterais que même la plupart des scientifiques, généralement anglo-saxons qui se sont intéressés à ce phénomène sont croyants ou au moins déistes, et ne sont hélas pas des disciples de Louis Pasteur qui laissait, comme vous le savez, ses « convictions au vestiaires avant d'entrer dans son laboratoire ».

Nous sommes donc d'accord pour dire que l'interprétation des NDE sera « probablement encore longtemps très variable en fonction des individus », et que les expériences d’EMI ne prouvent pas l’existence de Dieu (si ce n’est subjectivement, pour celui qui l’a vécue).

 

Je ne pense pas que les athées, « veulent à tout prix réduire les NDE à une cause physique ou psychique », ou « qu'ils projettent leur incroyance afin de mieux se rassurer » (je n'ai aucune inquiétude métaphysique), mais l'idée de « déraciner les superstitions propagées par les religions ne me déplaît pas.

« La foi, par définition, ne se démontre pas » : elle se vit, à la suite d'une « Révélation ». Mais son origine et de sa persistance sont observables par la psychologie, les neurosciences et la sociologie, ce qui peut inciter, sinon à rendre athée, du moins à s'interroger sur la « liberté religieuse ».

 

Àce sujet, je ne vous suis pas lorsque vous écrivez : « Si les contenus de la foi étaient démontrés, l'être humain serait obligé de croire ». Non, car un phénomène scientifique démontrable et reproductible n'est plus une croyance mais un fait établi jusqu'à preuve du contraire. Je pense que les religions, en fonction de la soumission qu'elles imposent, font perdre « à l'être humain sa dimension de liberté ». Exemple extrême : les musulmans, à qui les alternatives des autres religions et surtout celles qui ne sont pas confessionnelles sont occultées, n'ont pas le droit à l'apostasie, pourtant reconnu par l'art. 18 de la DUDH de1948. « Une démarche de foi pleinement compatible avec la raison, tout autant qu'une entière liberté laissée à l'être humain dans sa réponse croyante à la proclamation de l'Evangile » me paraît évangélisatrice, prosélyte et donc incompatible avec l'acquisition de l'esprit critique, du libre examen et du choix, aussi libre que possible, entre croyance ou incroyance. Sans la moindre connotation péjorative, n'est-on pas en droit de se demander si la certitude d'être libres des croyants ne serait pas une « rationalisation a posteriori » pour rendre leur foi, par définition subjective, intellectuellement acceptable ?

 

Cordialement,

Michel THYS

 

 

 

 

Par mithys
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Mardi 17 juillet 2 17 /07 /Juil 15:55

Suite à son article "Dieu est-il incompréhensible ?" j'ai demandé à Franz-Olivier GIESBERT, Rédacteur en chef de "Le Point" de lui transmettre mon commentaire  ci-dessous. Pour la forme évidemment, car je n'en espère pas de réponse ...


Bonjour Monsieur Jean-Luc MARION,

 

J'ai lu avec attention et intérêt votre article dans LE POINT (que je remercie !) : « Dieu est-il incompréhensible ? », et me permets d'exprimer un point de vue différent, celui d'un Belge, ancien croyant protestant « libéral », jusqu'à 21 ans, athée à 24 - j'en ai 73 -.

 

Je serais sans doute resté croyant si je n'avais pas eu la chance de découvrir avant l'âge de 25 ans, non seulement les alternatives laïques qui m'avaient été occultées jusqu'en 1960, mais surtout les premières études relatives à l'origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, paradoxalement via le chanoine Antoine VERGOTE, toujours vivant, professeur émérite à l'Université catholique de Louvain (« Psychologie religieuse, 1964 »), ainsi que par la lecture des ouvrages de feu le docteur Paul CHAUCHARD, neurophysiologiste catholique, avec qui j'ai correspondu, et de ceux du psychiatre juif Henri BARUK, notamment.

Nos parcours intellectuels et spirituels sont totalement différents mais il me semble instructif et donc enrichissant de les comparer point par point.

 

Revenons à votre article, et aux commentaires qu'il me suggère :

« L'homme est-il un animal religieux ? ».

Les références de la Grèce antique ne sont plus d'actualité. Je pense que nous naissons tous « a-thées» : avez-vous remarqué, ce qui n'avait pas échappé à Antoine VERGOTE, sans doute à son grand dam, que chez les enfants de parents athées, la foi n'apparaît pas spontanément (sauf influences extérieures prosélytes) ? Les références abondent : je les tiens à votre disposition.

 

Les athées ouverts aux apports des neurosciences, dont je suis, ne se définissent plus « par la référence négative envers la possibilité que Dieu existe ». Il est entendu qu'aucune inexistence n'est démontrable, sauf en mathématiques, mais compte tenu que « Dieu » n'a jamais donné le moindre indice concret de son existence réelle et incontestable, et des observations neuroscientifiques, ces athées lui accordent cependant une existence subjective, imaginaire et donc illusoire. J'y reviens dans un article de mon blog, mentionné in fine, si du moins vous êtes curieux d'en prendre connaissance, sans chercher à vous convaincre que je puisse avoir « raison », cela va sans dire.

 

« L'analogie du rapport amoureux » avec la sensibilité religieuse est pertinente, du moins sous l'angle de leur « localisation » voisine dans le cerveau émotionnel.

« Notre rapport avec Dieu » ne relève pas d'une « connaissance par incompréhension », mais des traces indélébiles que laissent, fût-ce à des degrés divers et inconsciemment, dans le cerveau émotionnel puis rationnel, une éducation religieuse unilatérale, voire communautariste, confortée par un milieu croyant occultant les alternatives, surtout non confessionnelles.

 

Les athées ne veulent pas « vérifier, prouver, constituer, démontrer », mais seulement essayer de comprendre les processus évolutifs qui ont permis aux premiers hominidés de compenser leur faiblesse corporelle, en développant la bipédie, l'hypertrophie du néocortex et l'acquisition du langage, les rendant alors capables d'imaginer un nouveau mécanisme de défense : le recours à des dieux, puis à un seul, dont ils tentaient d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices.

Ne pas « faire de Dieu un objet d'étude comme un autre», « accepter les paradoxes inévitables (...) : connaître sans comprendre, aimer avant et pour connaître », ce serait à mes yeux le considérer comme « inconcevable, incompréhensible », définitivement mystérieux, et donc renoncer à utiliser notre intelligence. «Vraiment rien à voir avec la « pornographie » !

 

« Penser Dieu » me semble antinomique : la pensée relève du cerveau rationnel, tandis que la croyance en un dieu, quel que soit son nom, procède d'abord et surtout du cerveau émotionnel, fût-elle rationalisée a posteriori.

 

Les « valeurs » morales, que vous mettez de manière surprenante sur le même plan que les valeurs financières, ont soit un fondement religieux, fondé sur la soumission à des commandements et à des interdictions, soit sur un fondement laïque, fondé sur l'autonomie de la conscience et sur la responsabilité individuelle.

 

« La question de Dieu ne met pas (...) en crise celui qui pose la question ».

«Reconnaître Dieu », fût-ce par une « expérience « s'attestant elle-même dans la rencontre d'un interlocuteur, non compréhensible comme objet, mais qui ne cesse de déployer sa cohérence », aussi bénéfique soit-elle, ne prouve que son existence subjective. La « vérité » n'est jamais que personnelle, partielle et donc provisoire.

 

Il est vrai qu' « une recherche scientifique porte sur des objets », et que « Dieu n'appartient pas à l'objectivité ». En revanche, sont de plus en plus observables scientifiquement non seulement le fonctionnement neuronal d'un cerveau en prière ou en méditation, mais aussi, sociologiquement, la corrélation flagrante entre un milieu religieux exclusif et la persistance de la foi.

 

« La croyance en Dieu n'ouvre-t-elle pas la porte par définition à l'irrationnel » ?

Je pense que toute croyance est irrationnelle, parce que l'irrationalité est un mode de fonctionnement cérébral atavique et élémentaire, répondant aux incertitudes, quelles qu'elles soient.

Michel de PRACONTAL écrit dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ». Sauf que, comme le constate la psychosociologie, cette prédisposition religieuse ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel.

 

« La foi n'exclut-elle pas la raison » ?

« L'élargissement de la rationalité depuis un siècle » n'avait évidemment pas pour but de permettre « une meilleure approche de la Révélation » !

La raison, qui se veut objective, est-elle conciliable avec la foi, qui est subjective ? La science, qui se veut rationnelle et qui se fonde sur l’observation des faits et sur l’expérimentation, est-elle compatible avec la religion, qui se fonde sur la foi en un « dieu révélé » ? Une croyance telle que le créationnisme (ou sa variante, le

« dessein intelligent »), est-elle conciliable avec l’évolutionnisme, qui n’est même plus une théorie mais un fait d’observation flagrant ?

A mes yeux d’athée, les arguments des croyants, par exemple le recours à un dieu, ou à un grand architecte ou à un grand horloger pour les déistes, ou encore l’harmonie apparente du monde, etc., sont anthropomorphiques. Ce sont des pétitions de principe, tout comme l'argument ontologique de Saint Anselme pour prouver l'existence de Dieu.

 

L’ « argument » le plus subtil et le plus fréquemment évoqué par les croyants, c’est que la science et la raison s’occupent du « comment », tandis que la religion et la foi s’occupent du « pourquoi ». Et comme les unes et les autres se situent à des niveaux différents, elles seraient complémentaires et donc conciliables. Mais j'y vois une pirouette jésuitique, parce que cela voudrait dire qu'il suffirait de changer de point de vue, ou de lunettes, pour que deux hypothèses contradictoires puissent être vraies en même temps, alors que logiquement, l’une d’elles doit être vraie, et l’autre fausse.

 

Les dogmes fondamentalistes de « l'eucharistie , de la Résurrection , de l''Immaculée conception, de la Création, d'une « re-Création », etc.» défient la raison et accélèrent la chute vertigineuse de la religiosité, du moins dans la majorité des pays intellectualisés. Etant contre-productifs, je m'étonne donc que vous les évoquiez encore, et que vous tentiez même de les rationaliser.

 

Il va de soi que je ne cherche pas à vous convaincre que mon point de vue soit plus pertinent que le vôtre (je le respecte, tout en le critiquant), mais je serais heureux de lire votre commentaire, et vous en remercie déjà.

Cordialement,

 

Michel THYS

à Ittre (Belgique).

 

http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par mithys
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Mardi 17 juillet 2 17 /07 /Juil 15:48

Pour ne pas trop me répéter, fût-ce en des termes un peu différents, j'évite de reproduire sur ce blog mes nombreuses réactions à des articles divers.

Mais je ferai une exeption à propos du livre de Jean SOLER « Qui est Dieu ? », commenté par Michel ONFRAY, accusés tous deux d'être antisémites (ce commentaire a été envoyé à plusieurs sites).

 

SOLER et ONFRAY ne sont pas antisémites ! En effet, à mes yeux, ce sont TOUTES les religions, du fait de leur prétention à détenir et à imposer leur Vérité exclusive, LE vrai dieu et LE vrai livre « sacré », qui sont à l'origine de l'intolérance, et donc de la violence. Je m'étonne que les philosophes actuels, dont Soler et Onfray, s'en tiennent à sa seule origine religieuse. Et je regrette d'ailleurs qu'ils s'appuient sur des textes, d'ailleurs manipulés au cours des siècles, dont les auteurs présupposent l'existence réelle de Dieu, ce préjugé constituant une pétition de principe.

 

Ces philosophes ne tiennent aucun compte des observations des psychologues, des criminologues et des neurophysiologistes qui incitent à penser que la croyance religieuse (aussi bien celle d'il y a plus de 2.000 ans que celle d'aujourd'hui, et au-delà de notre irrationalité atavique - animisme, superstitions, ... -, exploitée par les religions), a une origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle, et que « Dieu » n'a plus qu'une existence subjective, imaginaire et donc illusoire.

Dans cette optique, tout le reste (les textes « sacrés », la philosophie, la théologie, les exégèses, etc.) n'est dès lors que « littérature » , un jeu de l'esprit, une réflexion sur les incertitudes de l'Histoire ...

 

Concernant l'origine de la violence :

Comme l'a montré le neurobiologiste Henri LABORIT, l'être humain, comme tous les mammifères en présence d'un danger de mort ou d'une menace, est d'abord régi par son cerveau "reptilien" qui l'incite à la fuite, ou à l'agression (ou à l'inhibition s'il "fait le mort"). Nous possédons toujours ce cerveau primitif, même s'il est compensé par le cerveau émotionnel et par le cerveau rationnel, en interactions constantes, mais en équilibre instable.

 

Si l’on excepte l’influence de certaines tumeurs cérébrales et celle des carences éducatives, voire de violences parentales non récupérées, et si l’on se place dans une approche génétique et neurophysiologique, l'animal humain, placé dans un certain contexte éducatif, culturel, affectif, hormonal, ..., a fortiori s'il a été endoctriné, reste virtuellement capable de haine et de violence.

 

L’Histoire confirme abondamment la piètre aptitude des religions et des idéologies politiques à développer une conscience morale autonome et le respect de la dignité humaine. Elle témoigne au contraire de leur remarquable aptitude à inciter, dès l’enfance, à la soumission, terreau favorable à un endoctrinement religieux ou idéologique.

 

Je pense même que l'absence totale de respect de la vie humaine du nazisme et du stalinisme n'est pas due à leur idéologie politique soi-disant athée, mais d'une part, à la croyance religieuse initiale et à la volonté de domination d'Hitler et de Staline, et d'autre part, à la soumission religieuse de ceux qu'ils ont endoctrinés.

 

Michel THYS

 

 

 

Par mithys
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Dimanche 20 mai 7 20 /05 /Mai 16:21

Je n'ai pas l'habitude de mentionner sur ce blog mes nombreuses interventions sur des sites philosophiques, religieux, pédagogiques, et même sectaires. Mais dans son article du 20 mai 2012, « Pédagogie officielle ou liberté pédagogique : le choix de François Hollande», suite à son hommage du 15 mai à Jules Ferry,

http://www.mezetulle.net/article-laicite-souverainete-et-culture-critique-66229490.html

Catherine KINTZLER fait mention d'une réponse (commentairen°3) qu'elle m'avait faite le 15 février 2011, suite à son article du 1er février 2011 :« Laïcité scolaire, souveraineté et culture critique ».

http://www.mezetulle.net/article-pedagogie-officielle-ou-liberte-pedagogique-le-choix-de-f-hollande-105475231.html

Elle y exprime la différence entre la conception française (politique) de la laïcité, et celle (philosophique et « neutre » en Belgique.

Vu la longueur de l'article et des commentaires, je n'en extrais que le dialogue entre Catherine KINTZLER et moi. (Désolé pour les idées que j'ai déjà exprimées ailleurs...).

Bonjour Madame Catherine KINTZLER,

Puis-je me permettre d'exprimer un point de vue laïque, plus engagé que le vôtre ? Votre commentaire, fût-il bref, m'intéresserait vivement, ainsi que votre avis sur le projet d'enseignement du « fait religieux » et du « fait laïque ».

Je vous en remercie déjà.

Cordialement,

Michel THYS

Waterloo.

 

A propos de la liberté de pensée:

Vous écrivez : « Les élèves fréquentent l'école (publique) pour forger leur propre autorité, leur propre liberté »(...), et« un peuple souverain ne peut exercer sa liberté que s'il est éclairé ».

Dans le même sens, Marie PERRET paraphrasait à peine CONDORCET : il ne suffit pas de déclarer la liberté de conscience et de pensée des citoyens pour que ceux-ci soient effectivement libres.

J'estime en effet que la liberté constitutionnelle de conscience et de religion des pays démocratiques est actuellement plus symbolique qu'effective, parce que dans leur système éducatif, tant familial que scolaire, l'émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers.

Elle l'est d’abord, mon sens, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale, voire communautariste). Selon le psychologue religieux Antoine VERGOTE, en l'absence d'éducation religieuse (certes légitime mais unilatérale), la foi n'apparaît pas ! Les enfants de parents incroyants en témoignent a contrario.

L'émergence de cette liberté est ensuite confortée par l’influence d’un milieu éducatif croyant qui ne développe pas, ou insuffisamment, l'esprit critique en matière de religion, occulte toute alternative humaniste non aliénante et incite à la soumission. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.

Les neurosciences tendent d'ailleurs à confirmer l'imprégnation neuronale d'un milieu religieux exclusif : des neurophysiologistes ont constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc par exemple les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent par la plasticité synaptique, du fait de la répétition des expériences religieuses.

L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.

 

A propos de l'enseignement privé :

Vous écrivez d'autre part : « L'école fait en sorte que l'enfant s'extraie de sa condition infantile(...) pour acquérir plus d'« autonomie «  (...), « La pédagogie républicaine s'adresse prioritairement à la raison de chacun, elle écarte l'appel à l'affectivité, à la séduction (...) », et in fine « La formation du jugement raisonné suppose un parcours critique (...) à l'opposé d'une adhésion à des valeurs qui réclament une sorte de foi et qui peuvent fluctuer selon un dispositif affectif ».

Tout comme Marie PERRET, cela revient, me semble-t-il, à condamner, implicitement mais avec raison, l'enseignement confessionnel. A mes yeux, en effet,cet enseignement reste à la fois élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, communautariste, anachronique et donc obsolète. Même si, hypocritement et pour s'adapter à la modernité, il a dû « lâcher du lest » (Marie PERRET), en concédant par exemple aux adolescents une certaine autonomie et une certaine responsabilité individuelle, cet enseignement privé, reste évangélisateur et inféodé à l'Eglise, qui, par destination , ne renoncera jamais à maintenir, autant et aussi longtemps que possible, sa mainmise sur les consciences, jeunes de préférence, parce que plus malléables, et sa volonté d'évangélisation.

 

A propos de la laïcité :

A mes yeux, la laïcité « politique », séparant les compétences des religions et celles de l'Etat, devrait aller de pair avec la promotion de la laïcité « philosophique », comme alternative aux religions indirectement favorisées aussi bien par la « neutralité » de l'Etat belge et par la « laïcité » de l'Etat français, surtout depuis le chanoine-président SARKOZY. En effet, cette laïcité philosophique, bien qu'elle se passe de toute référence transcendantale, n'est pas antireligieuse puisqu'elle prône le libre choix des convictions philosophiques OU religieuses.

Or l'Eglise persiste à viser le « démantèlement de l'école publique » (Marie PERRET), ouverte à tous, elle, au seul profit de l'enseignement privé, confessionnel et élitiste, lui.

Les néo-cléricaux spéculent en effet sur « les différences de niveau des établissements scolaires », ce qui aboutit à des écoles publiques « ghettos » pour les enfants d'immigrés, et à des écoles privées « sélect » pour enfants de bourgeois d'un niveau socioculturel plus élevé.

C'est un effet pervers de la liberté d'enseignement. alors qu'idéalement et partout, chaque enfant devrait pouvoir bénéficier d'un enseignement d'égale qualité, et non « à deux vitesses ».

Vers une école pluraliste ?

A notre époque de pluralité des cultures et des convictions, et pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc. Votre article, comme celui de Marie PERRET, réalise implicitement un excellent plaidoyer en faveur d'un tel système éducatif. Il est certes encore utopique, et d'ailleurs déjà impensable pour CONDORCET qui souhaitait que, pour éviter tout « monopole », il fallait « un réseau privé d'enseignement parallèlement au réseau public » !

Certes, on n'empêchera jamais qu'il y ait des écoles privées, mais elles pourraient devenir l'exception.

Commentaire n°3 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 09h58

 

Réponse de Catherine le 15/02/2011 à 12h11 :

Merci pour votre réflexion. Il me semble que je n'ai jamais plaidé en faveur d'un système éducatif tel que celui que vous décrivez - bien au contraire.

D'abord le système dont vous parlez considère la laïcité comme s'il s'agissait d'une position parmi d'autres ; cela ne me semble pas tout à fait exact : la laïcité scolaire ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif.

Ensuite, l'idée de ce "système" pluraliste global a été avancée naguère sous le thème "grand système public d'éducation unifié et pluraliste" : elle consistait tout simplement à introduire dans l'enseignement public des établissements à caractère particulier et à installer la concurrence entre ces établissements. C'était le système privé financé par fonds publics encore plus développé que celui qui existe aujourd'hui. voilà pourquoi je me méfie beaucoup de propositions qui reprennent ces termes !

Ma position est différente. Je pense qu'il faut deux réseaux scolaires concurrents, l'un public soumis au principe de laïcité, l'autre privé et financé par fonds privés. L'ensemble étant tenu par le monopole public des examens nationaux sur programme. En outre je pense qu'il faut maintenir l'obligation de l'instruction (et non pas instaurer une obligationscolaire) car, en laissant la possibilité ouverte au préceptorat, l'obligation d'instruction, à condition qu'elle soit strictement encadrée par des programmes et des examens nationaux, protège la liberté pégagogique et rend plus difficile l'imposition d'une pédagogie officielle.

 

Commentaire n°4 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 13h47 :

Merci pour votre commentaire convaincant. Je me range volontiers à votre conception de la laïcité scolaire : elle « ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif ». Néanmoins, dans cette optique, certes constitutionnelle, seul l'enseignement public est hélas concerné, ce qui, sauf revient à laisser définitivement les élèves de l'enseignement privé, sauf réaction individuelle, sous l'emprise confessionnelle ... C'est pour obvier à cette pratique unilatérale, devenue contestable à notre époque, du moins à mes yeux, et donc pour tenter de faire évoluer les mentalités communautaristes et intolérantes, que je préconisais de repenser la notion de neutralité et de laïcité, en offrant à tous les élèves une information minimale, non prosélyte et aussi objective que possible, sur les différentes options philosophiques ou religieuses. Par simple honnêteté intellectuelle ... Je pense en particulier aux élèves musulmans, particulièrement défavorisés à cet égard, et donc moins intégrables à notre société multiconfessionnelle.

Michel THYS

 

Réponse de Catherine Kintzler le 18/02/2011 à 21h19 :

Ce que vous dites de l'enseignement privé n'est vrai que si l'enseignement public abandonne le monopole des programmes et des examens nationaux. Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe. Par ailleurs, il me semble difficile de refuser aux parents de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix, toujours à condition que cette liberté soit accompagnée de l'obligation d'instruction telle que je viens de la souligner. Ces idées ne sont pas de moi : je les trouve exprimées clairement dans les textes de Condorcet. Par ailleurs, et c'est aussi un point que Condorcet précise nettement, l'enseignement public n'est pas comparable à d'autres institutions comme la police ou la justice : il a tout à gagner du stimulant externe d'un autre réseau (privé).

 

S'agissant des élèves musulmans dont vous parlez à la fin de votre commentaire, pourquoi les considérer comme un bloc monolithique et les unifier autour d'une cohésion qui n'existe pas ? Je suppose qu'il n'y a pas plus différent d'un musulman qu'un autre musulman.

Quant à la question de l'intégration, l'école doit avoir la grandeur de considérer qu'elle concerne tout le monde. Le fils de cadre supérieur doit être intégré comme le fils de paysan. Mais cela n'est intelligible que si l'école a le courage d'enseigner vraiment. Je prends l'exemple de l'enseignement du français en France : le courage consiste à l'enseigner à tous comme une langue étrangère, ce qu'il est et doit être effectivement pour tous ceux qui sont sur les bancs de l'école. C'est pourquoi il faut lire les poètes et privilégier la littérature au lieu de lire des textes nuls et insipides. C'est pourquoi il faut faire de la grammaire, etc. Ce sont les poètes et les grands écrivains qui nous apprennent à passer de l'idiome à la langue. Et cela vaut pour les langues dites régionales : Frédéric Mistral ne raisonnait nullement en termes particuliers, il considérait que le provençal devait devenir une langue non réservée aux seuls "natifs", mais universelle.

Enfin un dernier mot sur l'expression "notre société multiconfessionnelle" : elle oublie tout simplement ceux qui n'ont pas de religion ou ceux à qui la question du religieux est indifférente. Et l'association politique n'est pas coïncidente avec la société : elle a même souvent pour objet de lutter contre bien des effets de la société.

 

Commentaire n°5 posté par Michel THYS le 19/02/2011 à 14h52 :

Vous avez raison, chère Catherine KINTZLER : « Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe ». Hélas,en Belgique, majoritairement flamande et encore catholique, pays régi par le principe de la pseudo « neutralité » (en fait indirectement favorable aux religions), celui de laïcité (politique) n'a toujours pas été inscrit dans sa Constitution. L'enseignement confessionnel y jouit donc d'une autonomie inacceptable, du moins à mes yeux d'athée (qui ne conteste pas pour autant le droit légitime de préférer une croyance religieuse à une vision humaniste laïque, mais en connaissance de cause !).

Certes, les parents ont le droit, légitime et constitutionnel, « de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix », mais même dans l'enseignement officiel, aussi bien belge que français, à en croire Joël PEERMAN, des enseignants se heurtent à un refus, de la part de certains élèves musulmans, de prendre même connaissance de l'évolutionnisme, au point de quitter la classe ... !

La « tolérance » et la permissivité aidant, l'école ne joue donc pas assez, à mes yeux, son rôle compensateur des influences familiales, certes légitimes mais unilatérales.

Je suis par ailleurs interpellé par le fait qu'au sein de la communauté musulmane (de chez nous), on ne rencontre pratiquement pas (pour ne pas dire jamais) d'incroyants, qu'ils soient agnostiques ou athées (Je n'y inclus pas les déistes, qui ne nomment pas « Dieu »).

N'est-ce pas la preuve, a contrario, d'un endoctrinement religieux, familial puis culturel, et que la « liberté de conscience et de religion » constitutionnelle est donc plus symbolique et intentionnelle qu'effective ? Ma conception de la neutralité, et même de la laïcité (philosophique), n'exclut pas une information, objective et non prosélyte, pour tous.

Le génial CONDORCET, dont l'appartenance maçonnique, parfois contestée, est pourtant amplement méritée, fut un pédagogue clairvoyant mais, il ne pouvait évidemment pas adapter ses idées aux nuances de l'évolution culturelle de notre société.

Je vous suis peut-être moins à propos du provençal, ou de tout autre dialecte ou patois, s'il prétend au statut de langue : ils ont certes leur charme, et doivent être préservés, mais pas au point, à mon sens, de prétendre au statut de langue nationale, parce qu'ils sont souvent sources de concurrence nationaliste et donc de discorde. La Belgique risque pour l'instant d'éclater, notamment parce qu'en 1830, et plus tard, les constituants n'ont pas eu le courage, ou la lucidité, de « décréter » que le français, langue des intellectuels, serait la langue nationale, malgré l'héritage politique hollandais. Il est vrai aussi qu'à l'époque, le flamand étant qualifié péjorativement par les bourgeois de « patois des paysans, des ouvriers et des domestiques », le « complexe d'infériorité » qui en est résulté est encore à la base de l'esprit revanchard des Flamands actuels, surtout politiques ...

 

La société est en effet « multiculturelle » avant d'être « multiconfessionnelle ». Les incroyants, actuellement peu reconnus bien que de moins en moins minoritaires, ne sont pas encore suffisamment pris en compte par « l'association politique », hélas opportuniste, voire électoraliste ...

 

Merci pour l'éclairage que vous apportez. En matière de langues "régionales", effectivement l'expérience des Belges doit nous faire réfléchir ; je parlais, en citant le provençal tel que le concevait Mistral, non pas de l'ambition de faire de telle ou telle langue la langue officielle d'un pays, mais de l'ambition littéraire. Et il me semble que lorsque des langues peuvent produire et accueillir de grandes littératures, elles coexistent plus facilement entre elles.

Pour ce qui est de la prise en compte des incroyants, la notion de "prise en compte" ne me semble pas toujours adéquate : je pense que la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun.

Mais cet aveuglement n'est pas réductible à un silence dans le domaine de l'éducation, il suppose la mise en place d'un espace critique commun capable de s'abstraire des convictions et de les regarder non pas comme des adhésions, mais comme des pensées dont le contenu est digne d'intérêt. Ici nous sommes bien d'accord : il faut que chacun puisse effectuer un recul, s'extraire de sa condition d'origine, ce qui ne signifie pas forcément rompre avec elle.

Je m'aperçois en fait que sur ces deux points j'ai écrit un article qui pourra peut-être vous intéresser et je me permets de vous le signaler : Existe-t-il une spiritualité laïque ?

 

Commentaire n°7 posté par Michel THYS le 25/02/2011 à 11h05 :

Merci pour votre réponse, et de m'avoir fait découvrir votre article « Existe-t-il une spiritualité laïque ? ».

Il va de soi que je ne cherche pas à faire prévaloir mon point de vue, mais je souhaiterais, si vous me le permettez, évoquer quelques-unes de nos interprétations divergentes à propos de certaines notions.

Lorsque vous écrivez : « (...) la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun », vous définissez fort bien la laïcité, celle que l'on qualifie en Belgique de « politique ». Notez cependant que Nadia GEERTS, par exemple, philosophe et professeure belge de morale laïque, semble, comme vous, promouvoir davantage la laïcité politique que la laïcité « philosophique ». Avez-vous lu l'intéressante distinction qu'en a faite l'ancien président du Centre d'Action Laïque, Philippe GROLLET ? :

Spiritualités et humanismes laïques, par Philippe Grollet à l'occasion de la rentrée académique de la Faculté Ouverte des Religions et des Humanismes Laïques (FOREL) - Charleroi, 6 octobre 2005

Je crains, pour ma part, que l'aveuglement minimaliste de la laïcité politique que vous prônez, aussi pertinent soit-il, ne favorise à terme une vision religieuse, unilatérale, voire prosélyte de la citoyenneté, et donc un communautarisme croissant, voire l'intolérance.

C'est pourquoi, à tort ou à raison, je persiste toujours à penser qu'une future école pluraliste, permettant une information objective et non prosélyte, concernant aussi bien la laïcité « philosophique » que, outre les principales religions, l'origine psychologique et éducative de la foi, et la soumission qu'elle implique à des degrés divers, permettrait d'exercer, mieux qu'actuellement, l'esprit critique des adolescents et une meilleure compréhension mutuelle.

Mais je dois reconnaitre qu'en Belgique, le projet d'école pluraliste est au frigo depuis 35 ans, parce qu'à l'époque, les laïques craignaient avec raison d' « introduire le loup dans la bergerie ».

De nos jours, il me semble quand même que non seulement les temps et les mentalités ont changé, mais que la « concurrence » entre établissements, que vous mentionniez dans votre première réponse est devenue, non plus « philosophique », mais socio-culturelle et donc inégalitaire, alors que le système éducatif devrait idéalement offrir un enseignement d'égale qualité pour tous.

Vous écrivez que « dans une Etat laïque, on assure la liberté de chacun, pourvu qu'elle reste dans le cadre du droit commun »». Il ne me semble pas qu'elle soit assurée, ni garantie. Certes, de nos jours, on y rencontre de plus en plus de croyants qui se sont plus ou moins affranchis de la croyance qui leur avait été imposée ou qui se concoctent un amalgame qui leur convient (cf Danielle HERVIEU-LEGER). Mais on y voit aussi des croyants irréductibles, notamment musulmans, parce qu'en dehors du dogmatisme auquel ils sont soumis, ils n'ont pas bénéficié d'un enseignement favorisant l'émergence et le développement de l'esprit critique, à tous points de vue, et donc de la possibilité ou de la chance de découvrir les horizons philosophiques occultés par leur milieu culturel, dogmatique et traditionaliste.

Comment un enfant pourrait-il « faire le deuil d'une fausse certitude » s'il n'a pas eu l'occasion de découvrir d'autres points de vue pour en juger ? Comment un enfant peut-il "comprendre vraiment quelque chose s'il n'a pas compris pourquoi il n'a pas compris" ?

« On ne peut vraiment expliquer quelque chose qu'en provoquant d'abord l'erreur qu'il faudra éluder pour la rectifier ». Cela implique que les enfants et adolescents, notamment musulmans, doivent avoir découvert à l'école que les sciences sont en droit de contredire les « Vérités » du coran , ce qui les rend incompatibles et inconciliables. Mais cela n'empêche nullement ces jeunes de persister dans leur croyance, enfin en connaissance de cause, dans ce que nous considérons comme une « erreur », la spiritualité religieuse, émotionnelle, étant incompatible avec le « libre-examen », rationnel, nonobstant une « rationalisation a posteriori ».

Par la « philosophie critique », qui caractérise, si je vous ai bien comprise, la spiritualité laïque « (...) si l'on s'efforce de construire (la cité) sur un socle qui écarte a priori toute référence transcendantale, cela met la pensée en relation avec elle-même de manière décisive ». Certes, mais cette conception laïque, qui n'est pourtant ni « athéiste » ni prosélyte, prête souvent le flanc à la critique de la part de nombreux croyants qui estiment qu'elle implique un « dogmatisme laïque » comparable au dogmatisme religieux. En outre, cette conception me semble témoigner d'une indifférence qui me dérange à l'égard des adolescents, futurs adultes, actuellement privés de toute alternative non aliénante.

 

Vous écrivez : « Les valeurs ne sont que des objets de croyance, elles peuvent être supplantées par d'autres; par définition les valeurs fluctuent ». A mes yeux, il existe pourtant, si pas des valeurs universelles, du moins des valeurs « universalisables », parce qu'acceptables et bénéfiques à tous, partout, et sous-tendues par ce que vous appelez « les principes rationnels minimaux » auxquels on « consent parce qu'on en établit l'utilité et la nécessité ».

Voici comment je conçois « perso » la spiritualité laïque, de manière plus « psychologisante » que philosophique, j'en conviens. 

La spiritualité n'est évidemment pas l'apanage des religions.
Même sans connotation religieuse, dès que nous sommes en présence d’une circonstance qui nous dépasse ou dans un épisode heureux ou douloureux de l’existence, nous devenons sensibles à une forme ou l’autre de spiritualité, religieuse ou non.

Ainsi, Eric-Emmanuel SCHMITT, en état de faiblesse, car perdu sous la voûte étoilée et glaciale du Sahara, a ressenti un bouleversement affectif et a retrouvé la foi, ou du moins ce dont le judéo-chritianisme l'a plus ou moins imbibé, comme sans doute la plupart d'entre-nous, en pareille circonstance.

Mais la dimension spirituelle se découvre tout aussi bien par la méditation zen, le bouddhisme, le hatha-yoga, la musique de Mozart, un orgasme simultané, une odeur d’encens, etc.

Par contre, sa ...

 


Pour la cohérence, je me permets de répéter les 15 dernières lignes de mon commentaire précédent, trop long pour y avoir été mentionnées.

(...) Par contre, sans redevenir croyant pour autant, André COMTE-SPONVILLE, marchant la nuit en silence dans la forêt, a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps, et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (...), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Pas étonnant qu’il se définisse comme « athée fidèle », conscient de l’influence de sa croyance chrétienne initiale, son cerveau émotionnel, et ensuite rationnel, en conservant la trace.

Il existe aussi une spiritualité laïque plus active, certes plus rare, celle des laïques qui, tout en se passant de toute transcendance, ne sont pas pour autant antireligieux. Ils condamnent cependant l'imposition précoce de la foi, et loin de prêcher l'athéisme, ils prônent la liberté de croire ou de ne pas croire. Ils reconnaissent donc le droit légitime et respectable de croire, a fortiori après s'être remis en question. 

Leur spiritualité consiste globalement à se sentir sur une même longueur d’onde que celle des hommes et des femmes animés par un idéal commun de perfectionnement individuel et collectif, par le respect des mêmes principes et des mêmes valeurs humanistes, par une confiance mutuelle a priori, etc.

Ce qui, pour un laïque, est « sacré », dans le sens d’inviolable, c’est d’abord le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant, et celui de leurs droits et libertés, de leur liberté de pensée, etc., ce qui implique de ne pas tolérer des pratiques intolérables, telles que l’excision, pour ne citer que cet exemple extrême.

Cordialement,

Michel THYS,

à Waterloo

 

Réponse de Mezetulle le 25/02/2011 à 21h27

Oui, merci pour ce complément. Overblog coupe intempestivement les coms à partir d'une certaine longueur. Je n'y suis pour rien, désolée.

 

 

 


 

 

Par mithys
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