Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 16:21

Je n'ai pas l'habitude de mentionner sur ce blog mes nombreuses interventions sur des sites philosophiques, religieux, pédagogiques, et même sectaires. Mais dans son article du 20 mai 2012, « Pédagogie officielle ou liberté pédagogique : le choix de François Hollande», suite à son hommage du 15 mai à Jules Ferry,

http://www.mezetulle.net/article-laicite-souverainete-et-culture-critique-66229490.html

Catherine KINTZLER fait mention d'une réponse (commentairen°3) qu'elle m'avait faite le 15 février 2011, suite à son article du 1er février 2011 :« Laïcité scolaire, souveraineté et culture critique ».

http://www.mezetulle.net/article-pedagogie-officielle-ou-liberte-pedagogique-le-choix-de-f-hollande-105475231.html

Elle y exprime la différence entre la conception française (politique) de la laïcité, et celle (philosophique et « neutre » en Belgique.

Vu la longueur de l'article et des commentaires, je n'en extrais que le dialogue entre Catherine KINTZLER et moi. (Désolé pour les idées que j'ai déjà exprimées ailleurs...).

Bonjour Madame Catherine KINTZLER,

Puis-je me permettre d'exprimer un point de vue laïque, plus engagé que le vôtre ? Votre commentaire, fût-il bref, m'intéresserait vivement, ainsi que votre avis sur le projet d'enseignement du « fait religieux » et du « fait laïque ».

Je vous en remercie déjà.

Cordialement,

Michel THYS

Waterloo.

 

A propos de la liberté de pensée:

Vous écrivez : « Les élèves fréquentent l'école (publique) pour forger leur propre autorité, leur propre liberté »(...), et« un peuple souverain ne peut exercer sa liberté que s'il est éclairé ».

Dans le même sens, Marie PERRET paraphrasait à peine CONDORCET : il ne suffit pas de déclarer la liberté de conscience et de pensée des citoyens pour que ceux-ci soient effectivement libres.

J'estime en effet que la liberté constitutionnelle de conscience et de religion des pays démocratiques est actuellement plus symbolique qu'effective, parce que dans leur système éducatif, tant familial que scolaire, l'émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers.

Elle l'est d’abord, mon sens, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale, voire communautariste). Selon le psychologue religieux Antoine VERGOTE, en l'absence d'éducation religieuse (certes légitime mais unilatérale), la foi n'apparaît pas ! Les enfants de parents incroyants en témoignent a contrario.

L'émergence de cette liberté est ensuite confortée par l’influence d’un milieu éducatif croyant qui ne développe pas, ou insuffisamment, l'esprit critique en matière de religion, occulte toute alternative humaniste non aliénante et incite à la soumission. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.

Les neurosciences tendent d'ailleurs à confirmer l'imprégnation neuronale d'un milieu religieux exclusif : des neurophysiologistes ont constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc par exemple les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent par la plasticité synaptique, du fait de la répétition des expériences religieuses.

L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.

 

A propos de l'enseignement privé :

Vous écrivez d'autre part : « L'école fait en sorte que l'enfant s'extraie de sa condition infantile(...) pour acquérir plus d'« autonomie «  (...), « La pédagogie républicaine s'adresse prioritairement à la raison de chacun, elle écarte l'appel à l'affectivité, à la séduction (...) », et in fine « La formation du jugement raisonné suppose un parcours critique (...) à l'opposé d'une adhésion à des valeurs qui réclament une sorte de foi et qui peuvent fluctuer selon un dispositif affectif ».

Tout comme Marie PERRET, cela revient, me semble-t-il, à condamner, implicitement mais avec raison, l'enseignement confessionnel. A mes yeux, en effet,cet enseignement reste à la fois élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, communautariste, anachronique et donc obsolète. Même si, hypocritement et pour s'adapter à la modernité, il a dû « lâcher du lest » (Marie PERRET), en concédant par exemple aux adolescents une certaine autonomie et une certaine responsabilité individuelle, cet enseignement privé, reste évangélisateur et inféodé à l'Eglise, qui, par destination , ne renoncera jamais à maintenir, autant et aussi longtemps que possible, sa mainmise sur les consciences, jeunes de préférence, parce que plus malléables, et sa volonté d'évangélisation.

 

A propos de la laïcité :

A mes yeux, la laïcité « politique », séparant les compétences des religions et celles de l'Etat, devrait aller de pair avec la promotion de la laïcité « philosophique », comme alternative aux religions indirectement favorisées aussi bien par la « neutralité » de l'Etat belge et par la « laïcité » de l'Etat français, surtout depuis le chanoine-président SARKOZY. En effet, cette laïcité philosophique, bien qu'elle se passe de toute référence transcendantale, n'est pas antireligieuse puisqu'elle prône le libre choix des convictions philosophiques OU religieuses.

Or l'Eglise persiste à viser le « démantèlement de l'école publique » (Marie PERRET), ouverte à tous, elle, au seul profit de l'enseignement privé, confessionnel et élitiste, lui.

Les néo-cléricaux spéculent en effet sur « les différences de niveau des établissements scolaires », ce qui aboutit à des écoles publiques « ghettos » pour les enfants d'immigrés, et à des écoles privées « sélect » pour enfants de bourgeois d'un niveau socioculturel plus élevé.

C'est un effet pervers de la liberté d'enseignement. alors qu'idéalement et partout, chaque enfant devrait pouvoir bénéficier d'un enseignement d'égale qualité, et non « à deux vitesses ».

Vers une école pluraliste ?

A notre époque de pluralité des cultures et des convictions, et pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc. Votre article, comme celui de Marie PERRET, réalise implicitement un excellent plaidoyer en faveur d'un tel système éducatif. Il est certes encore utopique, et d'ailleurs déjà impensable pour CONDORCET qui souhaitait que, pour éviter tout « monopole », il fallait « un réseau privé d'enseignement parallèlement au réseau public » !

Certes, on n'empêchera jamais qu'il y ait des écoles privées, mais elles pourraient devenir l'exception.

Commentaire n°3 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 09h58

 

Réponse de Catherine le 15/02/2011 à 12h11 :

Merci pour votre réflexion. Il me semble que je n'ai jamais plaidé en faveur d'un système éducatif tel que celui que vous décrivez - bien au contraire.

D'abord le système dont vous parlez considère la laïcité comme s'il s'agissait d'une position parmi d'autres ; cela ne me semble pas tout à fait exact : la laïcité scolaire ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif.

Ensuite, l'idée de ce "système" pluraliste global a été avancée naguère sous le thème "grand système public d'éducation unifié et pluraliste" : elle consistait tout simplement à introduire dans l'enseignement public des établissements à caractère particulier et à installer la concurrence entre ces établissements. C'était le système privé financé par fonds publics encore plus développé que celui qui existe aujourd'hui. voilà pourquoi je me méfie beaucoup de propositions qui reprennent ces termes !

Ma position est différente. Je pense qu'il faut deux réseaux scolaires concurrents, l'un public soumis au principe de laïcité, l'autre privé et financé par fonds privés. L'ensemble étant tenu par le monopole public des examens nationaux sur programme. En outre je pense qu'il faut maintenir l'obligation de l'instruction (et non pas instaurer une obligationscolaire) car, en laissant la possibilité ouverte au préceptorat, l'obligation d'instruction, à condition qu'elle soit strictement encadrée par des programmes et des examens nationaux, protège la liberté pégagogique et rend plus difficile l'imposition d'une pédagogie officielle.

 

Commentaire n°4 posté par Michel THYS le 15/02/2011 à 13h47 :

Merci pour votre commentaire convaincant. Je me range volontiers à votre conception de la laïcité scolaire : elle « ne consiste pas à exposer telles ou telles "opinions" mais à installer l'ensemble de l'enseignement sur un socle critique et réflexif ». Néanmoins, dans cette optique, certes constitutionnelle, seul l'enseignement public est hélas concerné, ce qui, sauf revient à laisser définitivement les élèves de l'enseignement privé, sauf réaction individuelle, sous l'emprise confessionnelle ... C'est pour obvier à cette pratique unilatérale, devenue contestable à notre époque, du moins à mes yeux, et donc pour tenter de faire évoluer les mentalités communautaristes et intolérantes, que je préconisais de repenser la notion de neutralité et de laïcité, en offrant à tous les élèves une information minimale, non prosélyte et aussi objective que possible, sur les différentes options philosophiques ou religieuses. Par simple honnêteté intellectuelle ... Je pense en particulier aux élèves musulmans, particulièrement défavorisés à cet égard, et donc moins intégrables à notre société multiconfessionnelle.

Michel THYS

 

Réponse de Catherine Kintzler le 18/02/2011 à 21h19 :

Ce que vous dites de l'enseignement privé n'est vrai que si l'enseignement public abandonne le monopole des programmes et des examens nationaux. Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe. Par ailleurs, il me semble difficile de refuser aux parents de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix, toujours à condition que cette liberté soit accompagnée de l'obligation d'instruction telle que je viens de la souligner. Ces idées ne sont pas de moi : je les trouve exprimées clairement dans les textes de Condorcet. Par ailleurs, et c'est aussi un point que Condorcet précise nettement, l'enseignement public n'est pas comparable à d'autres institutions comme la police ou la justice : il a tout à gagner du stimulant externe d'un autre réseau (privé).

 

S'agissant des élèves musulmans dont vous parlez à la fin de votre commentaire, pourquoi les considérer comme un bloc monolithique et les unifier autour d'une cohésion qui n'existe pas ? Je suppose qu'il n'y a pas plus différent d'un musulman qu'un autre musulman.

Quant à la question de l'intégration, l'école doit avoir la grandeur de considérer qu'elle concerne tout le monde. Le fils de cadre supérieur doit être intégré comme le fils de paysan. Mais cela n'est intelligible que si l'école a le courage d'enseigner vraiment. Je prends l'exemple de l'enseignement du français en France : le courage consiste à l'enseigner à tous comme une langue étrangère, ce qu'il est et doit être effectivement pour tous ceux qui sont sur les bancs de l'école. C'est pourquoi il faut lire les poètes et privilégier la littérature au lieu de lire des textes nuls et insipides. C'est pourquoi il faut faire de la grammaire, etc. Ce sont les poètes et les grands écrivains qui nous apprennent à passer de l'idiome à la langue. Et cela vaut pour les langues dites régionales : Frédéric Mistral ne raisonnait nullement en termes particuliers, il considérait que le provençal devait devenir une langue non réservée aux seuls "natifs", mais universelle.

Enfin un dernier mot sur l'expression "notre société multiconfessionnelle" : elle oublie tout simplement ceux qui n'ont pas de religion ou ceux à qui la question du religieux est indifférente. Et l'association politique n'est pas coïncidente avec la société : elle a même souvent pour objet de lutter contre bien des effets de la société.

 

Commentaire n°5 posté par Michel THYS le 19/02/2011 à 14h52 :

Vous avez raison, chère Catherine KINTZLER : « Si l'instruction est encadrée par l'obligation des programmes et si les examens sont sous monopole public national, l'objection tombe ». Hélas,en Belgique, majoritairement flamande et encore catholique, pays régi par le principe de la pseudo « neutralité » (en fait indirectement favorable aux religions), celui de laïcité (politique) n'a toujours pas été inscrit dans sa Constitution. L'enseignement confessionnel y jouit donc d'une autonomie inacceptable, du moins à mes yeux d'athée (qui ne conteste pas pour autant le droit légitime de préférer une croyance religieuse à une vision humaniste laïque, mais en connaissance de cause !).

Certes, les parents ont le droit, légitime et constitutionnel, « de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix », mais même dans l'enseignement officiel, aussi bien belge que français, à en croire Joël PEERMAN, des enseignants se heurtent à un refus, de la part de certains élèves musulmans, de prendre même connaissance de l'évolutionnisme, au point de quitter la classe ... !

La « tolérance » et la permissivité aidant, l'école ne joue donc pas assez, à mes yeux, son rôle compensateur des influences familiales, certes légitimes mais unilatérales.

Je suis par ailleurs interpellé par le fait qu'au sein de la communauté musulmane (de chez nous), on ne rencontre pratiquement pas (pour ne pas dire jamais) d'incroyants, qu'ils soient agnostiques ou athées (Je n'y inclus pas les déistes, qui ne nomment pas « Dieu »).

N'est-ce pas la preuve, a contrario, d'un endoctrinement religieux, familial puis culturel, et que la « liberté de conscience et de religion » constitutionnelle est donc plus symbolique et intentionnelle qu'effective ? Ma conception de la neutralité, et même de la laïcité (philosophique), n'exclut pas une information, objective et non prosélyte, pour tous.

Le génial CONDORCET, dont l'appartenance maçonnique, parfois contestée, est pourtant amplement méritée, fut un pédagogue clairvoyant mais, il ne pouvait évidemment pas adapter ses idées aux nuances de l'évolution culturelle de notre société.

Je vous suis peut-être moins à propos du provençal, ou de tout autre dialecte ou patois, s'il prétend au statut de langue : ils ont certes leur charme, et doivent être préservés, mais pas au point, à mon sens, de prétendre au statut de langue nationale, parce qu'ils sont souvent sources de concurrence nationaliste et donc de discorde. La Belgique risque pour l'instant d'éclater, notamment parce qu'en 1830, et plus tard, les constituants n'ont pas eu le courage, ou la lucidité, de « décréter » que le français, langue des intellectuels, serait la langue nationale, malgré l'héritage politique hollandais. Il est vrai aussi qu'à l'époque, le flamand étant qualifié péjorativement par les bourgeois de « patois des paysans, des ouvriers et des domestiques », le « complexe d'infériorité » qui en est résulté est encore à la base de l'esprit revanchard des Flamands actuels, surtout politiques ...

 

La société est en effet « multiculturelle » avant d'être « multiconfessionnelle ». Les incroyants, actuellement peu reconnus bien que de moins en moins minoritaires, ne sont pas encore suffisamment pris en compte par « l'association politique », hélas opportuniste, voire électoraliste ...

 

Merci pour l'éclairage que vous apportez. En matière de langues "régionales", effectivement l'expérience des Belges doit nous faire réfléchir ; je parlais, en citant le provençal tel que le concevait Mistral, non pas de l'ambition de faire de telle ou telle langue la langue officielle d'un pays, mais de l'ambition littéraire. Et il me semble que lorsque des langues peuvent produire et accueillir de grandes littératures, elles coexistent plus facilement entre elles.

Pour ce qui est de la prise en compte des incroyants, la notion de "prise en compte" ne me semble pas toujours adéquate : je pense que la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun.

Mais cet aveuglement n'est pas réductible à un silence dans le domaine de l'éducation, il suppose la mise en place d'un espace critique commun capable de s'abstraire des convictions et de les regarder non pas comme des adhésions, mais comme des pensées dont le contenu est digne d'intérêt. Ici nous sommes bien d'accord : il faut que chacun puisse effectuer un recul, s'extraire de sa condition d'origine, ce qui ne signifie pas forcément rompre avec elle.

Je m'aperçois en fait que sur ces deux points j'ai écrit un article qui pourra peut-être vous intéresser et je me permets de vous le signaler : Existe-t-il une spiritualité laïque ?

 

Commentaire n°7 posté par Michel THYS le 25/02/2011 à 11h05 :

Merci pour votre réponse, et de m'avoir fait découvrir votre article « Existe-t-il une spiritualité laïque ? ».

Il va de soi que je ne cherche pas à faire prévaloir mon point de vue, mais je souhaiterais, si vous me le permettez, évoquer quelques-unes de nos interprétations divergentes à propos de certaines notions.

Lorsque vous écrivez : « (...) la laïcité, en tant que dispositif juridique, ne consiste pas à prendre en compte les courants de pensée, mais à s'aveugler à ces courants par une sorte de minimalisme, ce qui les rend égaux dans le cadre du droit commun », vous définissez fort bien la laïcité, celle que l'on qualifie en Belgique de « politique ». Notez cependant que Nadia GEERTS, par exemple, philosophe et professeure belge de morale laïque, semble, comme vous, promouvoir davantage la laïcité politique que la laïcité « philosophique ». Avez-vous lu l'intéressante distinction qu'en a faite l'ancien président du Centre d'Action Laïque, Philippe GROLLET ? :

Spiritualités et humanismes laïques, par Philippe Grollet à l'occasion de la rentrée académique de la Faculté Ouverte des Religions et des Humanismes Laïques (FOREL) - Charleroi, 6 octobre 2005

Je crains, pour ma part, que l'aveuglement minimaliste de la laïcité politique que vous prônez, aussi pertinent soit-il, ne favorise à terme une vision religieuse, unilatérale, voire prosélyte de la citoyenneté, et donc un communautarisme croissant, voire l'intolérance.

C'est pourquoi, à tort ou à raison, je persiste toujours à penser qu'une future école pluraliste, permettant une information objective et non prosélyte, concernant aussi bien la laïcité « philosophique » que, outre les principales religions, l'origine psychologique et éducative de la foi, et la soumission qu'elle implique à des degrés divers, permettrait d'exercer, mieux qu'actuellement, l'esprit critique des adolescents et une meilleure compréhension mutuelle.

Mais je dois reconnaitre qu'en Belgique, le projet d'école pluraliste est au frigo depuis 35 ans, parce qu'à l'époque, les laïques craignaient avec raison d' « introduire le loup dans la bergerie ».

De nos jours, il me semble quand même que non seulement les temps et les mentalités ont changé, mais que la « concurrence » entre établissements, que vous mentionniez dans votre première réponse est devenue, non plus « philosophique », mais socio-culturelle et donc inégalitaire, alors que le système éducatif devrait idéalement offrir un enseignement d'égale qualité pour tous.

Vous écrivez que « dans une Etat laïque, on assure la liberté de chacun, pourvu qu'elle reste dans le cadre du droit commun »». Il ne me semble pas qu'elle soit assurée, ni garantie. Certes, de nos jours, on y rencontre de plus en plus de croyants qui se sont plus ou moins affranchis de la croyance qui leur avait été imposée ou qui se concoctent un amalgame qui leur convient (cf Danielle HERVIEU-LEGER). Mais on y voit aussi des croyants irréductibles, notamment musulmans, parce qu'en dehors du dogmatisme auquel ils sont soumis, ils n'ont pas bénéficié d'un enseignement favorisant l'émergence et le développement de l'esprit critique, à tous points de vue, et donc de la possibilité ou de la chance de découvrir les horizons philosophiques occultés par leur milieu culturel, dogmatique et traditionaliste.

Comment un enfant pourrait-il « faire le deuil d'une fausse certitude » s'il n'a pas eu l'occasion de découvrir d'autres points de vue pour en juger ? Comment un enfant peut-il "comprendre vraiment quelque chose s'il n'a pas compris pourquoi il n'a pas compris" ?

« On ne peut vraiment expliquer quelque chose qu'en provoquant d'abord l'erreur qu'il faudra éluder pour la rectifier ». Cela implique que les enfants et adolescents, notamment musulmans, doivent avoir découvert à l'école que les sciences sont en droit de contredire les « Vérités » du coran , ce qui les rend incompatibles et inconciliables. Mais cela n'empêche nullement ces jeunes de persister dans leur croyance, enfin en connaissance de cause, dans ce que nous considérons comme une « erreur », la spiritualité religieuse, émotionnelle, étant incompatible avec le « libre-examen », rationnel, nonobstant une « rationalisation a posteriori ».

Par la « philosophie critique », qui caractérise, si je vous ai bien comprise, la spiritualité laïque « (...) si l'on s'efforce de construire (la cité) sur un socle qui écarte a priori toute référence transcendantale, cela met la pensée en relation avec elle-même de manière décisive ». Certes, mais cette conception laïque, qui n'est pourtant ni « athéiste » ni prosélyte, prête souvent le flanc à la critique de la part de nombreux croyants qui estiment qu'elle implique un « dogmatisme laïque » comparable au dogmatisme religieux. En outre, cette conception me semble témoigner d'une indifférence qui me dérange à l'égard des adolescents, futurs adultes, actuellement privés de toute alternative non aliénante.

 

Vous écrivez : « Les valeurs ne sont que des objets de croyance, elles peuvent être supplantées par d'autres; par définition les valeurs fluctuent ». A mes yeux, il existe pourtant, si pas des valeurs universelles, du moins des valeurs « universalisables », parce qu'acceptables et bénéfiques à tous, partout, et sous-tendues par ce que vous appelez « les principes rationnels minimaux » auxquels on « consent parce qu'on en établit l'utilité et la nécessité ».

Voici comment je conçois « perso » la spiritualité laïque, de manière plus « psychologisante » que philosophique, j'en conviens. 

La spiritualité n'est évidemment pas l'apanage des religions.
Même sans connotation religieuse, dès que nous sommes en présence d’une circonstance qui nous dépasse ou dans un épisode heureux ou douloureux de l’existence, nous devenons sensibles à une forme ou l’autre de spiritualité, religieuse ou non.

Ainsi, Eric-Emmanuel SCHMITT, en état de faiblesse, car perdu sous la voûte étoilée et glaciale du Sahara, a ressenti un bouleversement affectif et a retrouvé la foi, ou du moins ce dont le judéo-chritianisme l'a plus ou moins imbibé, comme sans doute la plupart d'entre-nous, en pareille circonstance.

Mais la dimension spirituelle se découvre tout aussi bien par la méditation zen, le bouddhisme, le hatha-yoga, la musique de Mozart, un orgasme simultané, une odeur d’encens, etc.

Par contre, sa ...

 


Pour la cohérence, je me permets de répéter les 15 dernières lignes de mon commentaire précédent, trop long pour y avoir été mentionnées.

(...) Par contre, sans redevenir croyant pour autant, André COMTE-SPONVILLE, marchant la nuit en silence dans la forêt, a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps, et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (...), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Pas étonnant qu’il se définisse comme « athée fidèle », conscient de l’influence de sa croyance chrétienne initiale, son cerveau émotionnel, et ensuite rationnel, en conservant la trace.

Il existe aussi une spiritualité laïque plus active, certes plus rare, celle des laïques qui, tout en se passant de toute transcendance, ne sont pas pour autant antireligieux. Ils condamnent cependant l'imposition précoce de la foi, et loin de prêcher l'athéisme, ils prônent la liberté de croire ou de ne pas croire. Ils reconnaissent donc le droit légitime et respectable de croire, a fortiori après s'être remis en question. 

Leur spiritualité consiste globalement à se sentir sur une même longueur d’onde que celle des hommes et des femmes animés par un idéal commun de perfectionnement individuel et collectif, par le respect des mêmes principes et des mêmes valeurs humanistes, par une confiance mutuelle a priori, etc.

Ce qui, pour un laïque, est « sacré », dans le sens d’inviolable, c’est d’abord le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant, et celui de leurs droits et libertés, de leur liberté de pensée, etc., ce qui implique de ne pas tolérer des pratiques intolérables, telles que l’excision, pour ne citer que cet exemple extrême.

Cordialement,

Michel THYS,

à Waterloo

 

Réponse de Mezetulle le 25/02/2011 à 21h27

Oui, merci pour ce complément. Overblog coupe intempestivement les coms à partir d'une certaine longueur. Je n'y suis pour rien, désolée.

 

 

 


 

 

Par mithys
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 22:26

Voici le commentaire que j'ai envoyé à Christian de DUVE, à propos de son livre

« De Jésus à Jésus, en passant par Darwin », ainsi que sa brève réponse :

 

Cher Professeur Christian de DUVE,

 

Je partage largement vos vues, sauf lorsque vous écrivez que "Jésus est notre seul espoir (...)".

D'une part, en effet, vous avez écrit que les religions "n'ont pas abandonné leur prétention à détenir la vérité suprême", et (ajouterai-je) à l'imposer au monde entier dans l'avenir.

Je crains donc, à plus ou moins long terme, un affrontement croissant entre les fondamentalistes chrétiens évangélistes et islamistes, notamment.

 

D'autre part, l'existence « historique » de Jésus, indépendamment de son message d'« amour du prochain », reste quand même assez discutable, et ce prophète n'a certainement jamais dit tout ce qu'on lui a fait dire ! En outre, l'humanisme chrétien est fondé sur la « Révélation » et sur des textes manipulés au cours des siècles et souvent apocryphes, pour imposer la soumission, fût-ce à des degrés divers, à un dieu et à un livre « sacré » exclusifs.

Enfin, le christianisme, mal compris j'en conviens, a été et est encore, comme toutes les religions, source de communautarisme, d'intolérances et de violences.

 

Le « seul espoir », à mes yeux, ce serait plutôt de promouvoir l'alternative de l'humanisme laïque. Certes, il se passe de toute référence surnaturelle et transcendante, il est non confessionnel, mais pas pour autant antireligieux (il prône en effet le libre choix des convictions philosophiques ou religieuses), il conçoit une spiritualité laïque, une morale laïque, et il répond à l'aspiration croissante à l'autonomie et à la responsabilité individuelle (du moins dans la plupart des pays intellectualisés, et pour autant que les alternatives non confessionnelles ne soient pas volontairement occultées comme aux USA, en Irlande, en Pologne, etc.)

Il défend en outre des valeurs "universalisables", car bénéfiques et donc acceptables par tous et partout, telles que le respect de l'homme, de la femme et de l'enfant, la liberté de conscience et de pensée, etc.

 

Votre pensée, puisque vous vous dites « agnostique », rejoint au moins partiellement celle d' André COMTE-SPONVILLE, « athée fidèle », conscient lui aussi de l’influence de sa croyance chrétienne initiale : marchant la nuit en silence dans la forêt, il a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (..), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Feu le neurobiologiste Henri LABORIT, lui aussi agnostique (c'est logique et cohérent pour un scientifique), était sensible comme vous au message d' « amour du prochain », puisqu'il a écrit « Jésus est mon ami », mais aussi et surtout : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». (« Eloge de la Fuite », page 59, et aussi dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain RESNAIS), ou encore, (répondant à Jacques Languirand, à Radio Canada) : « Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! »

 

Vous avez dit enfin : «l'affirmation de l'inexistence de Dieu est gratuite, elle relève du dogmatisme tout comme l'affirmation de l'existence de Dieu».

Certes, mais la psycho-sociologie constate que la foi n'apparaît pas spontanément chez les enfants de parents non-croyants, et qu'au contraire, statistiquement, il y a une fréquente corrélation entre une éducation religieuse excluant toute alternative laïque et la persistance de la foi (l'éducation coranique en témoigne hélas à 100 %, la soumission y étant totale).

Cela tend, me semble-t-il, à confirmer, si besoin était, l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi.

 

Quant à sa fréquente persistance, au moins sous forme de déisme (cf Einstein), la neurophysiologie constate que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc notamment les comportements religieux, voire les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or, comme en témoignent certains scientifiques croyants, créationnistes et imperméables à toute argumentation rationnelle et même scientifique, ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent même par « plasticité neuronale », au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

D'ailleurs, les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons, sur des religieuses notamment, suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre sont inconsciemment « anesthésiés », à des degrés divers, par ces influences précoces, du moins en matière de foi, et indépendamment de l’intelligence et de l’intellect.

 

Il me semble dès lors « raisonnable » de penser que, dans quelques décennies, les neurosciences pourraient bien, si pas "démontrer", du moins suggérer, inciter certains à penser que l'existence de « Dieu » (qui de fait ne s'est jamais manifesté concrètement !), est seulement subjective, imaginaire et donc illusoire (étant entendu que la foi, surtout si elle a été choisie à partir d'alternatives, restera évidemment toujours un droit légitime et respectable).

Pour plus de détails : http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

 

Bien que vous soyez déjà très sollicité, cher Professeur, je serais heureux de lire votre commentaire (mais surtout vos critiques).

Je vous en remercie déjà cordialement, et vous présente mes respectueuses salutations.

 

 

Michel THYS,

à Ittre, ancien croyant (comme vous, mais protestant « libéral »)

jusqu'à 21 ans, athée depuis plus de 50 ans.

 

Sa réponse :


Le 3/01/2012 14:58, Christian de Duve a écrit :


Cher Monsieur,

J'ai lu votre article avec grand intérêt et y ai retrouvé des sujets de concordance. Malheureusement, le poids des années et les responsabilités qui me restent me mettent dans l'impossibilité de poursuivre le dialogue. Comptant sur votre compréhension, j'espère que vous m'excuserez.

Bien à vous.

Christian de Duve

Cher Professeur de DUVE,

Merci pour votre réponse, dont je comprends évidemment la brièveté.
Avec toute mon admiration, et bien cordialement.

Michel THYS 

Par mithys
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Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 16:59

 

 

Pourquoiles créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ?

Ont-ils vraiment choisi de l’être ?

Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique et ne changent-ils jamais d’avis ?

Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de l’Evolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que la théorie (et même le fait d'observation) de l’Evolution, alors qu’il s’agit d’une croyance ?

Pourquoi veulent-ils à tout prix, souvent jusqu'à la « mauvaise foi », tenter de concilier la foi et la raison, le subjectif et l'objectif, la religion et la science ?

 

Je propose quelques hypothèses explicatives. Notamment :

- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes.

- parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.

- parce qu’il est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années d'environnements différents a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification aléatoire du vivant et la variétés des espèces.

- parce que, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :

« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … ( donc aussi Dieu, etc. !).

- mais sans doute aussi et surtout à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.

 

En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant – orgueil oblige - que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point d’influencer leur cerveau rationnel et d’anesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès qu’il est question de religion.

 

Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».

 

C'est, me semble-t-il, un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, puis confortée par l’influence d’un milieu culturel unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une « Vérité » exclusive et dès lors intolérante et communautariste. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % … La « vérité » ne devrait pourtant être que personnelle, partielle et donc provisoire ...

 

La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant / dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).

 

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, hypertrophié, d'imaginer, grâce à la bipédie, au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi », fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation a posteriori, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).

 

Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, par la répétition d'expériences religieuses, se renforcent par « plasticité synaptique » et sont indélébiles …

L’ IRM fonctionnelle tend d'ailleurs à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

 

On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.

Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions et autres indignités, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existencesubjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime, mais d’autant plus respectable qu’elle aura été le fruit de la réflexion et du libre examen, et donc choisie en connaissance d'alternatives laïques, plutôt qu’imposée précocement.

 

Puisse l’avenir favoriser l’avènement d’un système éducatif pluraliste, fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.

 

Michel THYS à Waterloo. michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

 

Références bibliographiques.

 

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D

« Religion et développement humain »,. 2001.

- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».

 

Etc.

 

Par mithys - Communauté : Laïcité philosophique
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 12:17

Une approche inhabituelle (« neuroscientifique ») du phénomène religieux.

(texte complété le 29 avril 2012).

 

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-éducatifs, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, historique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par l’apport des neurosciences ?

 

Je ne fais pas allusion ici aux observations de certains neurophysiologistes croyants, notamment canadiens, tels que Mario BEAUREGARD, qui ont tenté de démontrer « scientifiquement » l'existence de Dieu en recherchant dans le lobe temporal l'antenne qu'il y aurait mise pour recevoir sa « Révélation » : en vain, bien évidemment !

Du fait des interconnexions constantes et éminemment complexes entre le cerveau émotionnel et le cerveau rationnel (selon le schéma simplifié mais pédagogique de McLEAN), c'est évidemment tout le cerveau qui est concerné (cf SAVER & RABIN), même si l'émotionnel prédomine en l'occurrence.


Les neurosciences ne prétendent pas davantage démontrer l’inexistence de « Dieu », puisque, par définition, aucune inexistence (sauf en mathématiques) n’est démontrable. Mais il est vrai que, par leurs implications philosophiques, les neurosciences sont susceptibles d’inciter certains à conclure à l'existence subjective, imaginaire et donc illusoire de Dieu, notamment lorsque la foi leur fait plus de tort que de bien.

 

L'idée simpliste d'un « gène de Dieu » n'a existé que dans l'imagination de Dean HAMER en 1996. Par contre, il semble bien y avoir une prédisposition ancestrale à la croyance, qu'elle soit superstitieuse ou religieuse, en réponse à la peur ou aux dangers. La peur, dont celle de la mort, existe chez tous les êtres vivants pourvus d’un système nerveux, mais seul l’animal humain est susceptible de l'atténuer en aspirant à «l’immortalité de l’âme », du moins si une religion a exploité sa crédulité.

 

C’est sans doute en raison de la faiblesse corporelle de l'homo sapiens, d'il y a quelque 100.000 ans que la sélection naturelle a lentement hypertrophié son néo-cortex pré-frontal, il y a environ 35.000 ans, le rendant alors capable d’imaginer, grâce à la bipédie de plus en plus fréquente, et à l'acquisition du langage, d'abord des esprits (animisme et chamanisme), puis un nouveau mécanisme de défense : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul), dont ils tentaient d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices.

 

Michel de PRACONTAL écrit dans « L'imposture scientifique en dix leçons » (2005), page 141 : « La pensée magique n'a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu'il s'agit d'un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n'a rien de naturel, c'est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L'éternel « retour de l'irrationnel » n'est en fait que la manifestation récurrente d'une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ». Sauf que, comme le constate la psychosociologie, cette prédisposition religieuse ne s'actualise qu'au sein d'un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel. En son absence, l'enfant de parents athées sera athée lui aussi, à moins d'influences ultérieures.

 

Aux USA, en Pologne, etc., la croyance anthropomorphique en « Dieu », reste majoritaire, d'abord parce que les alternatives de l'humanisme laïque y sont totalement occultées par les religions, ensuite parce que l'être humain reste en quête de sens à donner à son existence, parce qu'il a besoin d'apaisement, de certitudes, d’espérance en un au-delà, et donc de repères, de vérités révélées, d’absolu, de sacré, de spiritualité, de transcendance, d’une relation personnelle avec « Dieu » au sein d’une communauté conviviale, etc.

 

Par contre, dans la plupart des autres pays intellectualisés, où les options non confessionnelles ont une chance d'être découvertes, la religiosité est en chute libre, non seulement parce qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, mais aussi à cause de l'aspiration croissante à l'autonomie de la conscience et à la responsabilité individuelle. Certains cependant, en raison de l'apparente harmonie de l'univers, de la prodigieuse variété des espèces animales et végétales, de l'extraordinaire complexité du vivant, du cerveau humain notamment, etc., et parce qu'ils ne peuvent pas se représenter une durée aussi longue que des millions d'années et son influence sur l'évolution, restent déistes, convaincus qu'il existe une « intelligence supérieure » qui y a présidé.

D'autres se concoctent un amalgame de croyances ou de superstitions, telles que l'astrologie.

(Cf « l'ouvrage « La religion en miettes » de la sociologue croyante Danielle HERVIEU-LEGER). À moins évidemment de se faire harponner par les sectes, expertes en abus de faiblesse, en manipulation mentale, en dépersonnalisation et en captation de patrimoine.

 

Comment expliquer la fréquente persistance de la sensibilité religieuse ou déiste et, de son corollaire, à des degrés divers : l’anesthésie de l’esprit critique de certains croyants, aussi éminents soient-ils par ailleurs, dès qu’il est question de religion ?

A mes yeux d'athée,c'est parce que la foi ne résulte pas d’un choix vraiment libre.
Vassilis SAROGLOU, professeur à l'Université catholique de Louvain, le confirme : « Le fait d'avoir la foi (...)n'est pas tellement, d'un point de vue statistique, une question de choix. C'est plutôt une question de continuité ou d'assimilation de tout le bagage mental ou affectif que l'on a reçu par le biais de la socialisation, qu'il s'agisse de croyance, de pratique, d'émotion ou de valeurs ».

 

Et pour cause : dans nos pays démocratiques, «la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers.
Elle l’est d’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence certes légitime mais unilatérale et communautariste).
Elle est ensuite compromise par l’influence d’un milieu éducatif croyant occultant toute alternative humaniste, rationnelle, philosophiquement laïque, et donc non aliénante.
L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 % : la soumission à tous points de vue y est en effet totale (elle l'est à un degré moindre dans le judaïsme, le protestantisme évangélique, la religion orthodoxe, le catholicisme, le protestantisme libéral et le bouddhisme).

 

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté, dans « Psychologie religieuse », qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas (les parents incroyants en témoignent a contrario), et que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, « agrandi, substitutif » et anthropomorphique, fût-il qualifié d'«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre ». Ainsi, page 294 :

 

« La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’avoir été précocement éduquée. Toutes les observations l’ont confirmé : l’influence des parents est le facteur le plus décisif dans la formation des attitudes religieuses.(…) Les gestes et le langage religieux des parents, la célébration des fêtes religieuses marquent de façon indélébile les souvenirs d’enfance de nombreux adultes, et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse. (…). L’extraordinaire permanence des attitudes religieuses, que de nombreuses enquêtes ont mis en lumière, s’explique certainement par l’influence prépondérante de l’éducation familiale.»(…).


Son successeur actuel, Vassilis SAROGLOU, le confirme : « Le fait d'avoir eu des parents religieux et d'avoir reçu une éducation religieuse est le facteur le plus important pour déterminer les probabilités d'être, de rester ou de redevenir soi-même croyant, que ce soit à l'adolescence ou ultérieurement à l'âge adulte ».

Ce n'est pas nouveau : toutes les religions spéculent sur la vulnérabilité du cerveau émotionnel de l'enfant, et même de l'adulte.

 

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer l’imprégnation neuronale de la sensibilité et du sentiment religieux : des neurophysiologistes ont constaté que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l'atmosphère « envoûtante » d'une église, les comportements religieux, voire les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.

Ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

Les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment « éteints », et donc  « anesthésiés », à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.
Même André COMTE-SPONVILLE se dit « athée fidèle » à sa croyance enfantine, ou du moins aux « valeurs chrétienne », telles que  l'amour du prochain ».

Cela expliquerait a fortiori la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf. le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu », les dogmes, etc …

 

Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.
Henri LABORIT, même s'il a écrit que « Jésus est mon ami », l’avait bien compris dans « Eloge de la Fuite », page 59 :


« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant à Jacques LANGUIRAND, à Radio Canada, il disait :« Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». Ou encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change » (dernière phrase du film, « Mon oncle d'Amérique » (1980), écrit par Alain Resnais.

 

Dans cette optique, les conversions religieuses me semblent explicables.
Même si l’on ne peut pas encore expliquer le processus biochimique précis qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, il se produit un bouleversement d'hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux.
Je m’explique comme suit, par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre1886. Tout se passe comme si, malgré sa brillante intelligence, l’environnement sensoriel (les grandes orgues, l'odeur d’encens, le décorum, …) avait provoqué un bouleversement psychophysiologique, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel.
Ce n’est d’ailleurs pas surprenant lorsqu’on sait que les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions.

 

Les exemples de ce « hapax existentiel » (Michel ONFRAY) sont nombreux, dans d’autres circonstances : par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT, à 29 ans, perdu sous le firmament glacial du Sahara (même lorsqu’on est issu comme lui d’une famille incroyante, l’influence inconsciente de deux mille ans de christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort, notamment. Cf le « pari de Pascal » !).

 

Après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notion de «dominant/dominé»), Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau (tout à fait immature) de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … ?). Certes, mais je ne partage pas pour autant l'avis de Vassilis SAROGLOU, dans « La religion est-elle innée ? », lorsqu'il évoque « l'existence de prédispositions génétiques à la religiosité » : tout être vivant pourvu d'un système nerveux est seulement génétiquement programmé pour réagir, surtout s'il possède un cerveau reptilien, au danger, à la peur, et, chez l'animal humain, aux incertitudes métaphysiques et religieuses auxquelles les religions apportent des réponses immédiates et sécurisantes, en s'adressant à leur cerveau émotionnel.
En outre, certains gènes, surtout « psychologiques », s'ils existent, ne s'actualisent que si l'environnement est favorable.

 

Vassilis SAROGLOU reconnaît quand même qu'« à côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l'orientation religieuse ou athée d'un enfant ». Après l'âge de 30 ans, ce ne sont pas, comme il l'écrit, « les influences génétiques, tant sur la personnalité que sur la religiosité, qui se renforcent », mais bien, selon moi, la difficulté, voire l'impossibilité d'encore remettre en question ses certitudes religieuses, par crainte de se déstabiliser et de se « décrédibiliser ». Je regrette aussi que cet auteur considère que « l'amabilité, l'esprit consciencieux, (…), l'ouverture à la différence, l'empathie, le dialogue, ... » , la solidarité, la probité, la fraternité … sont plus fréquentes chez les croyants que chez les athées. Il n'a manifestement pas fréquenté beaucoup d'athées, notamment francs-maçons adogmatiques.

 

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (et même certains musulmans de chez nous) désertent les lieux de culte et tendent à privilégier l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse.
Mais les religions réagissent par des tentatives de re-confessionnalisation des consciences, de réinvestissement médiatique de l’espace public (surtout depuis Jean-Paul II, qui a montré la voie à Benoît XVI, le chanoine-président Sarkozy, …) et de re-cléricalisation de la politique européenne (via par exemple l’ « Opus Dei »), tandis que les sectes spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf. les évangélistes américains, les mormons, les scientologues, les créationnistes, etc.).

 

Plutôt qu’un « retour du religieux », j’y vois de nouvelles «stratégies» religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychisme humain, l'actuelle conception « laïque » de la « tolérance » et le laxisme de certains politiciens électoralistes qui concèdent de plus en plus de revendications inspirées notamment par la charia.

Il serait grand temps de freiner le communautarisme croissant, source d'intolérance, d'incompréhension de l'autre et de non acceptation de sa différence.

Un cours commun de philosophie, pour tous et partout, irait évidemment dans ce sens, mais tant que la liberté constitutionnelle permettra inconditionnellement la liberté d'enseignement (même islamique ...) sans proposer d'alternatives, l'école confessionnelle persistera dans son projet évangélisateur, fût-il lénifié de nos jours lorsqu'il est catholique ...

 

Pour que les libertés de conscience et de religion, en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait, me semble-t-il, s’orienter vers un système éducatif « pluraliste » proposant à tous et partout une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses (ce qui ferait apparaître leur point commun, à des divers : la soumission à un dieu et à un texte « sacré »), ET sur les options laïques actuellement occultées : l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc.(qui incitent au libre-examen, à l'autonomie de la conscience et à la responsabilité individuelle).

Cela compenserait alors les influences religieuses familiales, légitimes mais unilatérales et communautaristes, ainsi que les inégalités socioculturelles résultant notamment de l'immigration.

 

La religion est évidemment une affaire privée qui n’a pas sa place à l’école. Elle ne devrait donc y être mentionnée que lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un minimum de culture religieuse, notamment artistique, fait partie de la culture générale.
Dans cette optique, l’enseignement confessionnel, à quelque niveau que ce soit, m’apparaît comme élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, intolérant, obsolète et donc inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions. Chacun devrait pouvoir choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée).


Un tel système éducatif permettrait enfin de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de la dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la liberté de pensée, de conscience et de religion, etc...

L’avènement d’une citoyenneté responsable, respectueuse de tous, me paraît à ce prix.
Mais cela impliquerait de repenser d’abord les notions de «neutralité» de l’Etat, de liberté d'enseignement et de «libre choix» des parents, lequel, quoi qu'ils en pensent, n’est pas prioritaire par rapport à «l’intérêt supérieur » de leur enfant.

 

Dans une ou deux générations, peut-être, lorsqu'on aura enfin compris que la foi a une origine exclusivement éducative, psychologique, sécurisante, et qu'elle imprègne le cerveau émotionnel au point d'anesthésier le cerveau rationnel, du moins lorsqu'il est question de foi ou de religion. Mais ce n'est là que mon point de vue, dont je ne prétends évidemment pas qu'il soit pertinent.

 

Michel THYS à Ittre (Belgique).

michel.thys357@gmail.com

http://michel.thys.over-blog.org


Quelques références bibliographiques :

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D :

Religion et développement humain »,. 2001.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison ».

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens ».

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain ».

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain

by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». etc.

 

 

 

 



 

Par mithys
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 20:47

Nouvelle @dresse : michel.thys357@gmail.com

Par mithys
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