Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 22:26

Voici le commentaire que j'ai envoyé à Christian de DUVE, à propos de son livre

« De Jésus à Jésus, en passant par Darwin », ainsi que sa brève réponse :

 

Cher Professeur Christian de DUVE,

 

Je partage largement vos vues, sauf lorsque vous écrivez que "Jésus est notre seul espoir (...)".

D'une part, en effet, vous avez écrit que les religions "n'ont pas abandonné leur prétention à détenir la vérité suprême", et (ajouterai-je) à l'imposer au monde entier dans l'avenir.

Je crains donc, à plus ou moins long terme, un affrontement croissant entre les fondamentalistes chrétiens évangélistes et islamistes, notamment.

 

D'autre part, l'existence « historique » de Jésus, indépendamment de son message d'« amour du prochain », reste quand même assez discutable, et ce prophète n'a certainement jamais dit tout ce qu'on lui a fait dire ! En outre, l'humanisme chrétien est fondé sur la « Révélation » et sur des textes manipulés au cours des siècles et souvent apocryphes, pour imposer la soumission, fût-ce à des degrés divers, à un dieu et à un livre « sacré » exclusifs.

Enfin, le christianisme, mal compris j'en conviens, a été et est encore, comme toutes les religions, source de communautarisme, d'intolérances et de violences.

 

Le « seul espoir », à mes yeux, ce serait plutôt de promouvoir l'alternative de l'humanisme laïque. Certes, il se passe de toute référence surnaturelle et transcendante, il est non confessionnel, mais pas pour autant antireligieux (il prône en effet le libre choix des convictions philosophiques ou religieuses), il conçoit une spiritualité laïque, une morale laïque, et il répond à l'aspiration croissante à l'autonomie et à la responsabilité individuelle (du moins dans la plupart des pays intellectualisés, et pour autant que les alternatives non confessionnelles ne soient pas volontairement occultées comme aux USA, en Irlande, en Pologne, etc.)

Il défend en outre des valeurs "universalisables", car bénéfiques et donc acceptables par tous et partout, telles que le respect de l'homme, de la femme et de l'enfant, la liberté de conscience et de pensée, etc.

 

Votre pensée, puisque vous vous dites « agnostique », rejoint au moins partiellement celle d' André COMTE-SPONVILLE, « athée fidèle », conscient lui aussi de l’influence de sa croyance chrétienne initiale : marchant la nuit en silence dans la forêt, il a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (..), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ».

Feu le neurobiologiste Henri LABORIT, lui aussi agnostique (c'est logique et cohérent pour un scientifique), était sensible comme vous au message d' « amour du prochain », puisqu'il a écrit « Jésus est mon ami », mais aussi et surtout : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». (« Eloge de la Fuite », page 59, et aussi dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain RESNAIS), ou encore, (répondant à Jacques Languirand, à Radio Canada) : « Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! »

 

Vous avez dit enfin : «l'affirmation de l'inexistence de Dieu est gratuite, elle relève du dogmatisme tout comme l'affirmation de l'existence de Dieu».

Certes, mais la psycho-sociologie constate que la foi n'apparaît pas spontanément chez les enfants de parents non-croyants, et qu'au contraire, statistiquement, il y a une fréquente corrélation entre une éducation religieuse excluant toute alternative laïque et la persistance de la foi (l'éducation coranique en témoigne hélas à 100 %, la soumission y étant totale).

Cela tend, me semble-t-il, à confirmer, si besoin était, l'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi.

 

Quant à sa fréquente persistance, au moins sous forme de déisme (cf Einstein), la neurophysiologie constate que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc notamment les comportements religieux, voire les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Or, comme en témoignent certains scientifiques croyants, créationnistes et imperméables à toute argumentation rationnelle et même scientifique, ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent même par « plasticité neuronale », au fur et à mesure des expériences religieuses.

 

D'ailleurs, les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons, sur des religieuses notamment, suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre sont inconsciemment « anesthésiés », à des degrés divers, par ces influences précoces, du moins en matière de foi, et indépendamment de l’intelligence et de l’intellect.

 

Il me semble dès lors « raisonnable » de penser que, dans quelques décennies, les neurosciences pourraient bien, si pas "démontrer", du moins suggérer, inciter certains à penser que l'existence de « Dieu » (qui de fait ne s'est jamais manifesté concrètement !), est seulement subjective, imaginaire et donc illusoire (étant entendu que la foi, surtout si elle a été choisie à partir d'alternatives, restera évidemment toujours un droit légitime et respectable).

Pour plus de détails : http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

 

Bien que vous soyez déjà très sollicité, cher Professeur, je serais heureux de lire votre commentaire (mais surtout vos critiques).

Je vous en remercie déjà cordialement, et vous présente mes respectueuses salutations.

 

 

Michel THYS,

à Ittre, ancien croyant (comme vous, mais protestant « libéral »)

jusqu'à 21 ans, athée depuis plus de 50 ans.

 

Sa réponse :


Le 3/01/2012 14:58, Christian de Duve a écrit :


Cher Monsieur,

J'ai lu votre article avec grand intérêt et y ai retrouvé des sujets de concordance. Malheureusement, le poids des années et les responsabilités qui me restent me mettent dans l'impossibilité de poursuivre le dialogue. Comptant sur votre compréhension, j'espère que vous m'excuserez.

Bien à vous.

Christian de Duve

Cher Professeur de DUVE,

Merci pour votre réponse, dont je comprends évidemment la brièveté.
Avec toute mon admiration, et bien cordialement.

Michel THYS 

Par mithys
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Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 16:59

 

 

Pourquoiles créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ?

Ont-ils vraiment choisi de l’être ?

Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique et ne changent-ils jamais d’avis ?

Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de l’Evolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que la théorie (et même le fait d'observation) de l’Evolution, alors qu’il s’agit d’une croyance ?

Pourquoi veulent-ils à tout prix, souvent jusqu'à la « mauvaise foi », tenter de concilier la foi et la raison, le subjectif et l'objectif, la religion et la science ?

 

Je propose quelques hypothèses explicatives. Notamment :

- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes.

- parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.

- parce qu’il est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années d'environnements différents a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification aléatoire du vivant et la variétés des espèces.

- parce que, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :

« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … ( donc aussi Dieu, etc. !).

- mais sans doute aussi et surtout à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.

 

En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant – orgueil oblige - que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point d’influencer leur cerveau rationnel et d’anesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès qu’il est question de religion.

 

Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».

 

C'est, me semble-t-il, un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, puis confortée par l’influence d’un milieu culturel unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une « Vérité » exclusive et dès lors intolérante et communautariste. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 % … La « vérité » ne devrait pourtant être que personnelle, partielle et donc provisoire ...

 

La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant / dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).

 

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, hypertrophié, d'imaginer, grâce à la bipédie, au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi », fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation a posteriori, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).

 

Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire cognitive) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, par la répétition d'expériences religieuses, se renforcent par « plasticité synaptique » et sont indélébiles …

L’ IRM fonctionnelle tend d'ailleurs à confirmer que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

 

On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.

Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions et autres indignités, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existencesubjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime, mais d’autant plus respectable qu’elle aura été le fruit de la réflexion et du libre examen, et donc choisie en connaissance d'alternatives laïques, plutôt qu’imposée précocement.

 

Puisse l’avenir favoriser l’avènement d’un système éducatif pluraliste, fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.

 

Michel THYS à Waterloo. michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

 

Références bibliographiques.

 

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D

« Religion et développement humain »,. 2001.

- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».

 

Etc.

 

Par mithys - Communauté : Laïcité philosophique
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 12:17

Une approche inhabituelle (neuroscientifique) du phénomène religieux.

 

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs (ouf !), n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par l’apport des neurosciences ?

Entendons-nous bien : les neurosciences ne prétendent évidemment pas démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable).

Elles sont cependant susceptibles d’influencer la réflexion philosophique et d'inciter certains à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire.

 

La peur est commune à tous les êtres vivants pourvus d’un système nerveux, mais seul l’animal humain sait qu’il va mourir et aspire à un « au-delà », à «l’immortalité de l’âme ».

C’est sans doute pour compenser la faiblesse corporelle des premiers hominidés que la sélection naturelle a développé la bipédie et le langage, ce qui a permis au néo-cortex pré-frontal de l' l'Homo Sapiens de s'hypertrophier, depuis environ 100.000 ans, et d'imaginer un nouveau mécanisme de défense, au-delà de l’animisme et du chamanisme : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul) dont ils tentaient d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices (hélas encore actuels en islam … !).

De nos jours et sous nos latitudes, même si la religiosité décline du fait qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, les croyants monothéistes restent en quête d’apaisement, de sérénité, de certitudes, d’espérance en un au-delà, et donc de repères, de vérités révélées, d’absolu, de sacré, de spiritualité, de  transcendance, d’une relation personnelle avec Dieu au sein d’une communauté, etc. Les religions en ont fait leur fond de commerce.

 

Comment expliquer cette fréquente persistance de la sensibilité religieuse et, à des degrés divers, l’anesthésie de l’esprit critique de certains croyants dès qu’il est question de croyance religieuse ?

A mes yeux, la foi ne résulte pas d’un choix vraiment libre.

Actuellement, en effet, « la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l'émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. D’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale et communautariste).

Ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant qui ne développe pas l'esprit critique en matière de religion, occulte toute alternative humaniste non aliénante et incite à la soumission. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.

 

Après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le singe nu », avec la notion de «dominant/dominé», Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu).

 

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique, fût-il

«authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre » (VERGOTE) …).

 

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer l'imprégnation neuronale de la sensibilité et du sentiment religieux : des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces traces neuronales sont indélébiles, et renforcées par la plasticité neuronale, du fait de la répétition des expériences religieuses.

L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi.

 

Ce qui expliquerait la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf. le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF :

« S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu  …

 

Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT l’avait bien compris :

« Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais.(…) Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ».

(Mon oncle d’Amérique » d’Alain ,RESNAIS).

 

Dans cette optique, les conversions religieuses deviennent compréhensibles.

Même si l'on ne peut pas actuellement expliquer le processus biochimique précis qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, il se produit un bouleversement des neurotransmetteurs, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux. Je m’explique comme suit, par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris. Tout se passe comme si, malgré sa brillante intelligence, l’environnement sensoriel (les grandes orgues, les choeurs, l'odeur d’encens, le décorum, …- avait provoqué un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, au niveau notamment de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit se son cerveau émotionnel. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant lorsqu’on sait que les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des localisations voisines, ce qui facilite les interactions..

 

Les exemples sont nombreux, dans d’autres circonstances :par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT perdu sous le firmament glacial du Sahara, à 29 ans (même lorsqu'on est issu comme lui d'une famille incroyante, l' influence de deux mille ans de christianisme se réveille chez certains incroyants en danger de mort).

 

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens (sauf les musulmans) désertent les lieux de culte et privilégient l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse (sauf en Irlande, en Pologne, à Chypre, à Malte, Italie,…).

Les religions réagissent donc par des tentatives de réinvestissement des consciences, de re-confessionnalisation de l’espace public (surtout depuis Jean-Paul II, le chanoine-président Sarkozy 1er, …) et de re-cléricalisation de la politique européenne (cf.par exemple l’ « Opus Dei »), tandis que les sectes, expertes en manipulation mentale et en abus de faiblesse, spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf. les évangélistes américains, les créationnistes, etc.).

Il n’y a pas un « retour du religieux », mais de nouvelles «stratégies» religieuses qui exploitent à la fois la vulnérabilité du psychisme humain, notre conception de la « tolérance » et le laxisme de certains politiciens électoralistes qui concèdent des revendications inspirées par la charia.

 

Pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc.

La religion est une affaire privée qui n’a pas sa place à l’école.

Elle ne devrait y être mentionnée que lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un un minimum de culture religieuse fait partie de la culture générale, notamment artistique.

Dans cette optique, l’enseignement confessionnel apparaît comme élitiste, inégalitaire, prosélyte, exclusif, anachronique et donc obsolète et inadapté à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions.

 

Un enseignement pluraliste, au contraire, compenserait l’influence familiale, celle d’un milieu croyant exclusif et les inégalités socioculturelles.

Chacun pourrait choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses, puisque le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée).

Un tel système éducatif permettrait enfin de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout, telles que le respect de la dignité de l’homme, de le femme et de l’enfant, la liberté (effective et non plus seulement symbolique) de pensée, de conscience et de religion, etc..

L’avènement d’une citoyenneté responsable me paraît être à ce prix..

 

Mais cela impliquerait de repenser d’abord les notions de «neutralité» de l’Etat et de «libre choix» des parents, lequel n’est pas prioritaire par rapport à «  l’intérêt supérieur de l’enfant ».

 

Dans une ou deux générations, peut-être … ?

 

Michel THYS à Waterloo michel_thys@voo.be http://michel.thys.over-blog.org

 

Références bibliographiques :

 

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.

ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D

Religion et développement humain »,. 2001.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994

- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.

- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »

- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain

by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.

- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.

- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». Etc.

 

 

Par mithys
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 20:47

Nouvelle @dresse : michel.thys357@gmail.com

Par mithys
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Mercredi 28 juillet 2010 3 28 /07 /Juil /2010 18:27

 

 

 


Par mithys
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